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Le phare de la pointe Saint-Mathieu


( Commune de Plougonvelin )



Classé Monument historique le 23 mai 2011






GPS : 48°19'791 N   4°46'254 W



© Photo Armand Breton, coll. Les Amis de St-Mathieu


Accès :   Le phare de la pointe St-Mathieu est situé à mi-distance entre Plougonvelin et Le Conquet, dans le terrain de l'abbaye, à 40 m du rivage. Stationner dans le parking voisin.

   Ce phare, dont l'emplacement a nécessité d'abattre une partie des ruines de l'abbaye, semble tout à fait incongru dans un tel espace patrimonial. Et pourtant il a été construit au XIXe siècle afin de remplacer la vieille tour à feu de l'abbaye, qui avait le même usage, et dont la construction remonte sans doute au XIe siècle. Lors de l'édification du phare, on ne s'encombrait pas encore de considérations environnementales. La préoccupation essentielle était d'assurer la sécurité de la navigation à voile dans une mer particulièrement dangereuse.

   C'est le Directeur des travaux maritimes de Brest, l'ingénieur Antoine-Elie Lamblardie (1784-1842), qui supervisa les travaux sous l'autorité de la Commission Arago-Fresnel (Fresnel étant toutefois décédé en 1827). Le phare fut allumé le 15 juin 1835. Sa construction avait duré quatre ans.

  
© Archives DIRM NAMO - Phares et Balises


Il était équipé à l'époque de lampes à mèches concentriques alimentées par de l'huile de colza sous pression. Chaque flamme était surmontée d'un petit tuyau en tôle qui permettait d'en régler le tirage. Dès l'origine, afin de concentrer la lumière, la lanterne fut dotée des premières lentilles à échelons de Fresnel.


Dessin de l'ingénieur Soleil paru dans Le magasin pittoresque

   Ce n'est qu'après 1843 qu'elle reçut les lentilles à prismes encore plus performantes qui ont rendu mondialement célèbre Augustin Fresnel. En 1874, les lampes à huile furent remplacées par des brûleurs consommant un mélange d'air et de pétrole vaporisé. Il est intéressant de lire à ce sujet le tableau des services datant des années 1920 affiché à l'entrée. On voit que, quel que soit le phare, son allumage et son extinction étaient prévus avec une extrême précision.




   Le phare fut enfin électrifié en 1932. Son automatisation fut réalisée en 1996. Depuis 2005, il est télécommandé depuis Ouessant. Quant aux trois gardiens, ils ne bénéficièrent d'un logement à proximité qu'à partir de 1879. Ils furent au total 45 à se succéder à St-Mathieu. Le dernier d'entre eux, Yvon Penland, parti en retraite en 2006, y est même resté 22 ans. Les phares isolés en mer étaient appelés par les gardiens l'enfer; ceux situés dans une île étaient le purgatoire. Un tel emplacement sur le continent était considéré comme un paradis.

   Dès son entrée, le visiteur est informé de quelques recommandations importantes.




   On accède au chemin de ronde par un escalier hélicoïdal en granit de l'Aber Ildut, comportant 163 marches soigneusement agencées les unes au-dessus des autres pour former un pilier central. Il est éclairé par une série de fenêtres qui permettent aux visiteurs de faire une petite pause tout en profitant d'une vue imprenable.







   Près du sommet, un escalier métallique succède à l'escalier de pierre. Il mène à une chambre lambrissée où l'on peut observer derrière des barreaux l'ancien mécanisme de rotation de l'optique.







   A l'intérieur de cet espace interdit au public, une échelle mène à la trappe triangulaire par laquelle est assurée la maintenance de la lanterne.

   Lorsque l'on débouche sur le chemin de ronde, les efforts que l'on a déployés dans la montée sont enfin récompensés par un magnifique panorama.


La route touristique en direction du Conquet




Les ruines de l'église abbatiale




Le sémaphore et l'ancienne entrée de l'abbatiale




La chapelle Notre-Dame de Grâce




L'enclos des moines





Le feu principal de la lanterne

      La lanterne se dresse au-dessus du chemin de ronde. On y distingue ses lentilles de Fresnel à prismes.




Le faisceau lumineux du phare a une portée de 24 milles, soit 44 km. Emis au travers d'une optique tournante, son éclat blanc apparaît toutes les 15 secondes. Sa lumière ne provient pourtant que d'une petite ampoule de 254 watts.



L'ampoule du phare.
Elle est placée avec précision au foyer de l'ensemble optique
© Photo DIRM NAMO - Phares et Balises



Autrefois, de manière humoristique, les consignes précisaient au gardien de phare
de veiller scrupuleusement au bon emplacement de la lampe
( Manuel abrégé des agents des phares - Phares et Balises 1960 )



On a même installé des réflecteurs afin d'abaisser vers la mer les rayons lumineux qui pouvaient gêner la circulation aérienne.


Rotation du faisceau lumineux

   Aujourd'hui un moteur électrique met en rotation la lourde optique de verre dès que le phare est allumé. Ce n'était évidemment pas le cas avant l'électrification des phares. La source lumineuse était autrefois un dispositif de lampe à pétrole sous pression ou un manchon incandescent à vapeur de pétrole ou d'huile de colza. En cas de panne, les gardiens pouvaient utiliser en dernier recours une lampe à pétrole sans pression mais munie d'une cheminée de tirage, dite lampe Aladdin. Mais la portée et la luminosité du phare étaient alors considérablement réduites.
L'énergie assurant la rotation de l'optique était obtenue, comme dans les horloges de nos aïeux, par la chute d'un lourd poids en fonte. Lorsque celui-ci touchait le sol, ce qui se produisait plusieurs fois chaque nuit, une sonnerie retentissait et les gardiens devaient alors remonter le poids à la main1.

La cuve à mercure


( Manuel de l'électromécanicien et du gardien de phare
- Phares et Balises 1956 )

Pour diminuer les frottements, l'ensemble optique tournant repose toujours sur une cuve à mercure circulaire et fixe. Liquide à la température ordinaire, le mercure est un métal qui possède une très forte densité. Le plateau supportant l'optique ne s'y enfonce pas mais flotte à sa surface comme sur un gros roulement à billes. Lorsqu'il détecte un ralentissement de la rotation, le personnel des Phares et Balises doit dans la journée vidanger, nettoyer soigneusement, puis remplir à nouveau la cuve à mercure. Ce métal étant particulièrement corrosif et toxique, cette délicate opération n'est pas sans risques.


( Manuel de l'électromécanicien et du gardien de phare - Phares et Balises 1956 )


Dans la salle que l'on a traversée en fin de montée,
on aperçoit le dessous de la cuve à mercure.

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Les feux auxiliaires


Carte ancienne éditée par le SHOM et exposée au rez-de-chaussée


L'unité indiquée pour la puissance lumineuse est le candéla



   Un faisceau blanc ( en jaune sur la carte ci-dessous ), fixe, est émis dans la lanterne par une led de 35 watts. D'une portée de 28 milles et dirigé vers le phare de Kermorvan, au Conquet, il a pour but de donner la direction du chenal du Four.




Dans la réalité, les faisceaux directionnels colorés ici en jaune et en bleu sont blancs.
© D'après la carte marine 7122P éditée par le SHOM
« De la pointe St-Mathieu au phare du Four »


Le chenal du Four est la partie navigable de la mer d'Iroise située entre la côte et l'île de Béniguet. Il se prolonge jusqu'à la Manche dans un bras de mer qui présente de nombreux dangers : un courant puissant s'inversant avec la marée, une centaine d'écueils responsables de nombreux naufrages, sans compter un vent parfois très violent qu'ont toujours redouté les voiliers. Depuis l'Antiquité, les navires ont toujours suivi le chenal du Four pour rallier la Manche et la mer du Nord. Par rapport à la voie maritime passant au-delà des îles, cette route leur faisait gagner un temps précieux. D'où la nécessité de la sécuriser. Raccourcissant le trajet vers la Manche, elle a connu un trafic intense avant l'instauration du rail d'Ouessant au-delà des îles. Aujourd'hui, seuls les bateaux de pêche, les voiliers, les navires de la Marine nationale, les navettes vers les îles ainsi que certains ferry-boats sont autorisés à emprunter le chenal du Four.
L'archipel de Molène n'étant pas parallèle à la côte, un autre chenal, celui de la Helle, s'y dirige. Il est indiqué par l'alignement du feu de Lochrist avec le phare de Kermorvan ( faisceau bleu sur la carte ).

Du chemin de ronde, on aperçoit un petit phare situé dans le terrain de l'abbaye. Sa lanterne blanche est dotée d'une excroissance aux couleurs vert et rouge.




Il s'agit d'un autre feu auxiliaire destiné à permettre aux navigateurs venant du chenal du Four de changer de cap au changement de couleur pour contourner la pointe de Saint-Mathieu afin de faire route vers Brest ou vers la pointe du Raz2.
Il contient une ampoule de 90 watts dont la portée est de 8,5 milles dans les secteurs vert et rouge, et de 12 milles dans le secteur blanc.


   Le retour au niveau du sol ne présente pas de difficulté particulière. On retiendra cependant les enfants, toujours prêts à devancer les adultes au risque de rater une marche... puis peut-être beaucoup d'autres sur les 163 que compte l'escalier.
Bien entendu, on reviendra voir ce phare sympathique en famille ou avec des amis.



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1- Le poids était constitué de rondelles en fonte enfilées sur une tige métallique suspendue à un câble d'acier galvanisé long d'une dizaine de mètres. Par un système de poulies, ce câble était relié à un régulateur de vitesse freinant la rotation de l'optique. Durant la nuit, les gardiens devaient contrôler au moins trois fois cette vitesse de rotation et au besoin la modifier légèrement afin qu'elle soit exactement conforme à celle qui leur était imposée.


( Manuel de l'électromécanicien et du gardien de phare - Phares et Balises 1956 )

2- Le rôle des feux destinés à changer de direction est expliqué dans le Manuel de l'électromécanicien et du gardien de phare édité par les Phares et Balises :


Attention : pour mieux les distinguer,
les faisceaux de lumière blanche sont coloriés en jaune


L'explication est simple: Un navigateur venant par le chenal Est et désirant rejoindre le port laissera à tribord le phare de l'îlot et s'alignera sur les feux fixes 1 et 2. Il va donc couper les faisceaux colorés. Lorsqu'il verra que le rouge passe au blanc, il sera au point P et changera de cap pour passer entre les feux vert et rouge du port.
S'il vient de l'Ouest, laissant le phare de l'îlot à bâbord, il fera route dans le faisceau blanc du feu à secteurs colorés et changera de cap au point P lorsqu'il verra que les feux fixes 1 et 2 sont alignés.

En mer d'Iroise, que l'on vienne du nord par le chenal du Four ou du sud-est après avoir quitté Brest, on change aussi de cap au changement de couleur.


© Fragment de la carte SHOM 1964 De la Pointe de Saint-Mathieu à l'île de Molène
colorié par nos soins



Merci à Jean-Yves Le Bars, ancien gardien du phare, pour son aide et le prêt de ses documents.


Yannick Loukianoff

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