Retour à l'accueilAnglais    Allemand    Espagnol    



Le château de Kervéatoux


( Commune de Plouarzel )


Inscrit à l'inventaire des Monuments historiques le 17 août 2007

Le château étant habité, seuls les extérieurs sont visitables.
Visites guidées du mercredi au dimanche :
adulte 5,50 €, de 6 à 17 ans 3 €
Réserver par mail à contact@kerveatoux.fr




Google Maps


Château de Kervéatoux, face Sud : le plan d'eau et la cour d'honneur

Accès : A 2 km de St-Renan par la D5 dans la direction de Plouarzel, au bas de la côte, prendre sur la gauche l'allée fléchée Château de Kervéatoux. Suivre cette allée en sens unique sur 800 m et, à une discrète pancarte de parking, tourner à droite dans un champ. Stationner à l'extrémité opposée du champ, près de la sortie.

La première construction que l'on aperçoit est l'ancien pigeonnier du château dont la toiture a disparu.



   Suivre à pied l'allée de droite qui longe le plan d'eau et mène à la cour d'honneur.



   Discret et bien caché dans le bois de son immense domaine, le château de Kervéatoux est ignoré de la plupart des touristes. C'est pourtant un monument dont les plus anciennes parties remontent au Moyen Âge.
L'un des manoirs d'Hervé Touronce, vicomte de Léon, s'élevait déjà à cet emplacement à la fin du 13e siècle. Il s'agissait sans doute d'un manoir breton typique entourant une cour d'honneur carrée1. La famille Touronce occupa Kervéatoux jusqu'au début du 18e siècle et y fit au 15e et au 17e siècles d'importantes transformations. Mais l'unique héritière du domaine, Jeanne Touronce, épouse de Jacques de Lesguern, eut un fils en 1691. Celui-ci, Claude François de Lesguern, devint donc à son tour seigneur de Kervéatoux. Le château restait dans la famille, mais celle-ci n'avait plus le même nom.
Pendant la Révolution, le grammairien de la langue bretonne Jean-François Le Gonidec, dont la tombe est au cimetière de Lochrist, au Conquet, fut hébergé à Kervéatoux. Quant au propriétaire, Joseph de Lesguern, d'abord émigré en Angleterre puis de retour en son château, il y mourut en 1805.
   Après la mort de son fils Jean-Marie de Lesguern, la famille vendit le domaine de Kervéatoux en 1845 au comte Stanislas Russel de Bedford (1811-1867), vaillant commandant de marine concarnois de lointaine origine anglaise, dont la fille, Amicie Russel, épousa Angelo de Taisne (1840-1898).
   Durant la Seconde guerre mondiale, le château de Kervéatoux fut réquisitionné, occupé par l'armée allemande et transformé en forteresse militaire malgré la présence du fils des précédents, Stanislas de Taisne (1870-1955), Président du Conseil général du Finistère, et de sa famille. De nombreux officiers et des milliers de soldats y furent cantonnés, des baraques installées, des tranchées creusées et des abris construits dans le bois afin d'héberger les chevaux des occupants.
Des nids de mitrailleuses, un bunker et un champ de mines entouraient les abords immédiats du château, causant même la mort de deux soldats allemands.


Plan des défenses allemandes du château
par Amicie de Taisne ( 1919-2017) © Archives de l'associationTre Arzh


En 1944, pendant le siège de Brest, ce sont les troupes américaines à leur tour qui occupèrent Kervéatoux pendant que des centaines de réfugiés des bourgs environnants, fuyant les combats, s'entassaient dans les écuries et les baraques. Des obus de très gros calibre, tirés par la batterie allemande Graf Spee de Kéringar2, s'abattirent même sur la propriété, sans faire de victimes.


   Après la guerre, il fallut laborieusement finir de déminer et remettre en état tout le domaine, dont la famille de Taisne est toujours propriétaire.



   Au Sud, devant la cour d'honneur, quatre canons semblent protéger l'entrée du château. Les deux plus petits proviennent d'un navire russe pris à l'abordage par le Commandant Stanislas Russel devant Sébastopol en 1855. Les deux autres, plus imposants, sont des canons de la Royal Navy, du 18e siècle, dont on sait seulement qu'ils ont séjourné au manoir de Bel Air à Brélès.


Portrait de Stanislas Russel de Bedford
© Archives familiales


   Lorsqu'il acquit le domaine en 1845, Stanislas Russel de Bedford envisagea aussitôt des transformations. Il réalisa lui-même un plan du château et de ses dépendances, bien précieux aujourd'hui pour connaître à la fois l'état des bâtiments avant leur acquisition ainsi que ses projets.


Le plan de 1845
© Archives familiales de Taisne



Les jardins en terrasses


Détail du plan de 1845 redressé pour la lecture des annotations.
L'auteur a écrit au crayon le nom des pièces lors de l'acquisition et à l'encre leur future destination
© Archives familiales de Taisne


Kervéatoux aujourd'hui, façade Nord
Les tours centrales ne figurent pas sur le plan



Il suffit d'observer la face Nord du château pour voir que les créneaux que l'on aperçoit sous les toits ne se prolongent ni à droite ni à gauche. Du reste, ils ont été obturés et l'un d'eux est même coupé par la construction de l'aile Ouest.


Les créneaux de la face Nord

Avec leurs faux machicoulis, ils n'ont qu'une fonction décorative mais ils traduisent plusieurs remaniements successifs. Ceux de la tour reproduisent ceux de la façade et datent des années 1870. Donnant sur une terrasse, ils ont été recouverts par une toiture en 1894 pour héberger des chambres de bonnes. Leur disparition dans les autres parties du bâtiment est la conséquence de travaux encore plus récents.
Le manoir féodal a donc été reconstruit, sans doute au début du 17e siècle, dans le goût de la Renaissance. Au 18e il aurait été agrandi et ouvert vers le plan d'eau. Enfin d'importants travaux ont été effectués au 19e siècle ainsi que plus récemment afin de le rénover et de restaurer les bâtiments.
Il faut cependant remarquer qu'à chacune de ces étapes on a eu le remarquable souci de préserver l'esthétique et l'homogénéité du monument. Aucun élément ne choque dans ce complexe ensemble architectural.

Traditionnellement, les manoirs bretons disposaient d'une cour d'honneur fermée par un mur fortifié dans lequel s'ouvrait le portail d'entrée. A Kervéatoux, un rempart épais, qui ne figure pas non plus sur le plan, a bien existé. A l'extrémité des ailes Ouest et Est on distingue en effet des traces de portes qui ont été murées.

  
Ces ouvertures permettaient de joindre l'aile Ouest à la chapelle de l'aile Est
par-dessus le portail, et sans doute aussi de le défendre

La chapelle de l'étage, consacrée en 1650, abandonnée et transformée en grenier après la Révolution, fut restaurée et rendue au culte en 1849 par Stanislas Russel de Bedford.


Lettre de Stanislas Russel à l'archevêque de Quimper. © Archives de l'association Tre Arzh

On ne peut pas la visiter, mais cette chapelle présente des décors intéressants.


Angelots de la porte d'entrée de la chapelle


Sculptures intérieures de la porte

  
Saint Charles et Sainte Edith, en hommage aux parents de Stanislas Russel de Bedford



Vitrail de l'oculus donnant sur la cour d'honneur

Au fond, dans l'angle gauche de la cour d'honneur, on remarque près de la porte qu'une pierre a été creusée afin d'en loger une autre.

  
Voir note 3 : Il pourrait s'agir d'une pierre de foudre
sensée protéger la demeure les jours d'orage
et provenant du menhir de Kerloas


Sur la façade Est de l'aile Est, un escalier mène à un petit perron. La fenêtre qui le domine est protégée par une grille aux mailles serrées très régulières appelée ici la grille du diable. Elle mérite d'être observée de près tant elle représente un chef d'œuvre de ferronnerie.

  


A l'opposé, l'aile Ouest du château comporte plusieurs bâtiments au milieu desquels on remarque une serre de verre et de métal construite à la fin du 19e siècle. A l'époque, une telle construction en province constituait une innovation. Sa présence traduit aussi l'intérêt des propriétaires pour la botanique et les plantes exotiques. Aujourd'hui la serre est toujours entretenue au point que la vigne d'origine donne encore chaque année d'abondantes grappes de raisin.






En s'éloignant du château, on longe les anciennes écuries et l'on atteint les dépendances dont le porche donne à l'arrière sur une autre allée d'accès.





Au-dessus du porche, une pierre paraît dater de 1653 la construction du bâtiment. Manifestement il s'agit d'un réemploi de cette pierre dans un bâtiment construit à la fin du 19e siècle. La partie gauche contenait les écuries réservées aux chevaux de selle. A droite étaient entreposées les calèches jouxtant les écuries des chevaux de trait. Tout l'étage était destiné à stocker le fourrage. Il est vraisemblable que ce bâtiment a été bâti contre l'ancien porche du mur d'enceinte qui reliait autrefois les deux jolies tourelles et qui figure sur le plan de 1845.









Côté allée, une pierre sculptée envahie par la mousse surplombe le porche.


L'écu sculpté du porche extérieur en juillet 2021.
Les mousses empêchent de lire les lettres que l'on devine.
Après en avoir réalisé un nettoyage et une étude minutieuse,
l'héraldiste Michel Mauguin fournira en bas de cette page l'explication de ces armoiries


Comme c'est le cas ici, le visiteur rencontre un peu partout, sur les murs du château des écussons et des blasons qui ne cessent de l'intriguer. La plupart d'entre eux ont été recueillis et scellés par Stanislas Russel de Bedford qui était un collectionneur averti.

   L'héraldiste Michel MAUGUIN les a étudiés et, grâce à de longues recherches dans les archives, il a pu les décrypter. Il a effectué un travail remarquable, une recherche héraldique exemplaire.
Nous lui laissons la parole :

Les écussons armoriés de Kervéatoux
par Michel Mauguin

Kervéatoux est connu depuis le 14e siècle par le mariage vers 1390 d'Azelice de Kervéatoux avec Guillaume de Touronce. La famille Touronce est issue de la maison Keraldanet dont elle conserve les armes en les brisant de trois étoiles.

              
Kervéatoux                          et                            Touronce


Les écussons armoriés visibles.

  


Cet écusson en pierre de Daoulas, aux armes de la famille Le Borgne, est scellé dans le mur Est de la cour du château. Il est érodé par l'ancienneté et semble provenir d'un enfeu ou d'une entrée de chapelle. Hervé de Touronce, fils de Guillaume et d'Azelice de Kervéatoux, avait épousé Marguerite Le Borgne vers 1430.



Une pierre de kersanton sculptée se trouvant sur le bâtiment Est à l'intérieur de la cour nous montre le visage d'une femme. Nous ignorons la provenance de cette pierre. Toutefois, par un effet de mode, nous pensons immédiatement à l'époque de Catherine de Médicis ( 16e siècle).

  


Sur la face Est du château, nous voyons une porte d'entrée semblant donner accès à la chapelle. Curieusement, une plateforme donne sur le vide extérieur.


Au-dessus de la porte trône un écusson bouchardé
Au pied, la solide plateforme en forme de balcon
a pu servir de quai de déchargement


Cette ancienne porte en pierre de Daoulas provient de Landerneau où elle était appelée Porte du moulin de Rohan. Le guide du château Alphonse Raguénès ayant toujours vécu à proximité se souvient qu'un prêtre positionné sur cette plateforme bénissait autrefois la procession qui passait devant lui. Une gravure atteste son origine :


Porte du moulin de Rohan à Landerneau
Dessin de Théophile Busnel vers 1886


Reconstitution de l'écusson de la porte issue du moulin de Landerneau.

Cette porte est surmontée d'un écusson bouchardé. Un examen minutieux permet de tracer les contours de la figure anciennement gravée.


L'écusson actuel

Après avoir tracé les contours de la partie bouchardée, on voit que le lion est l'ornement le plus approprié pour la combler.

                                                                  


Il s'agit donc d'un lion. Or nous savons que la famille de Rohan régnait en maître sur Landerneau depuis le mariage de Jean 1er avec Jeanne de Léon en 1349 et que les macles, armes des Rohan, étaient apposées sur leurs biens immobiliers. Il est fort probable que les Rohan aient voulu conserver ce lion, symbole de la vicomté léonarde.


A quelques pas de là, sur la même façade, on peut admirer un magnifique pennon en pierre de kersanton, très finement sculpté, de la famille de Kernezne et provenant du manoir du Curru à Milizac. Ces armoiries remontent à 1653, date à laquelle Charles II de Kernezne reçoit le collier de l'Ordre du Roi dit de Saint Michel. La couronne surmontant le pennon est d'un genre peu commun, mi-marquis au centre, mi-comte de style des Pays Bas sur les côtés.




Ce pennon n'indique pas une généalogie, mais plutôt une exposition de ses plus riches seigneuries reçues par alliances et par acquisitions.






Plus loin, sur le côté Nord de la tour Est, près de la grille dite 'du diable' pour sa complexité d'assemblage, sont scellés au-dessus de la porte les armes de la famille Jouan, représentées par un lion accompagné de trois annelets. Le tout est surmonté d'un heaume ayant pour cimier des pommes de pin et équipé de quatre lambrequins portant chacun un blason. Par le passé, cette pierre de kersanton semble avoir donné quelques soucis de lecture et d'interprétation à ses admirateurs.



Personnellement, j'ai mis un certain temps à résoudre ce qu'elle peut nous dire. C'est en travaillant sur la généalogie, même imparfaite, que la solution est venue. Cette œuvre représente quatre générations. On peut parler d'un pennon de style 15e ou début du 16e siècle.
L'inscription visible sur le pourtour est :

LIOE : II DE .I. JOUAND

L'artiste ne semble pas très à l'aise avec l'écriture. Je traduis ce qui semble plausible :

LION : DE .I. (Yvon) JOUAN.



Sur ce type de pennon, l'élément majeur est le repère 1 qui représente la famille Jouan. Le repère 5 est l'emplacement réservé à l'épouse, ce qui correspond au mariage d'Yvon Jouan avec une dame de Saint-Do. Les emplacements 2, 3 et 4 sont réservés aux parents et aïeux, leur ordre est aléatoire.
En 2 : l'arrière-grand-mère, Marie Calamaign, épouse d'un premier Yvon Jouan, seigneur de Pennanec'h.
En 3 : la mère, Marie Le Veyer de Kerandantec, épouse de Robert Jouan, seigneur de Pennanec'h.
Au repère 4 la grand-mère, Bénone de Kermorvan, épouse (en 1448) de Bernard Jouan, seigneur de Pennanec'h et de Keranmoal.

Les écussons de la façade Nord

Stanislas Russel de Bedford, marié à Charlotte Roux de Laborie, acheta le domaine en 1845. Leur fille Amicie épousa Angelo de Taisne. Le château fut restauré et modifié, mariant heureusement les parties anciennes et modernes, en utilisant parfois des pierres et armoiries de provenance extérieure.











On retrouve les armes de Taisne sur trois épis de faîtage de la toiture

  




Au pied de la tour, une autre pierre de kersanton trouvée lors de travaux routiers à proximité de Kervéatoux fut soigneusement bouchardée lors de la Révolution.



Là aussi j'ai utilisé la technique de coloriage des surfaces lisses pour déterminer les contours des meubles de cet écusson.



Le résultat obtenu est le suivant : Un mi-parti ; au premier écartelé, et au second deux figures entières et deux demi-figures.



La présence de Touronce ne faisant aucun doute, dont dix générations ont possédé ce lieu, il suffisait de rechercher dans la généalogie familiale les alliances compatibles avec les restes de contours des figurines. Il s'agit de l'alliance de Jean de Touronce, seigneur de Kervéatoux, avec Marie de Kersaintgilly de Keruzoret en 1584. Leur fils Hervé a épousé le 16 juin 1619 Françoise de Penancoët de Kerzouale.

La dernière pierre visible est scellée au-dessus du porche donnant accès aux dépendances et aux écuries. Elle est aux armes des Jouan, surmontée d'un heaume portant pour cimier l'arbre aux pommes de pin symbole de fécondité. Le tout est accosté d'une devise en belles lettres gothiques.


L'écu sculpté du porche extérieur
débarrassé de ses mousses en août 2021


Ces armoiries proviennent du manoir du Curru proche de Saint-Renan. Après nettoyage, il est possible d'imaginer les couleurs qu'elles devaient porter.




La devise bon espoir, le cimier aux pommes de pin
les glands des lambrequins et les armes des Jouan,
un lion dressé entouré de 3 annelets, apparaissent enfin nettement


Le style de cette pierre est daté par P.F. Broucke des années 1430 à 1470.

   Le commerce de pierres sculptées provenant de manoirs et autres édifices extérieurs n'était pas rare aux 19e et 20e siècles : Pendant la Révolution, les manoirs sont passés aux mains de bourgeois plus enclins à réaliser de bonnes affaires qu'à protéger le patrimoine. Ils louaient les terres de la propriété aux agriculteurs et revendaient les pierres des bâtiments aux entrepreneurs de maçonnerie, lesquels vendaient à leur tour les plus belles pièces comme antiquités pour décorer demeures et châteaux.
Ces récupérations ont sauvé bon nombre de magnifiques pierres témoins du passé.



***

-1- Voir sur ce site le plan-type d'un manoir breton.

  -2- Voir notre page sur le musée Mémoire 39-45.

  -3- En Bretagne comme ailleurs, les pierres de foudre pouvaient être de natures très différentes. Parfois de vraies météorites, mais parfois aussi des fulgurites, c'est-à-dire des fragments de roche disloquée et parfois transformée par un impact de la foudre. La croyance populaire prétendant que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit suffisait autrefois pour faire d'un débris une sorte de talisman capable de protéger une demeure. Or on sait que le menhir de Kerloas, taillé dans le granit de l'Aber Ildut et situé dans le domaine de Kervéatoux, a été décapité par la foudre au 17e siècle. De plus la pierre enchassée dans le mur du château, comme le mur lui-même, est constituée de ce granit particulier renfermant des cristaux de feldspath rose.
Par conséquent, on peut penser que ce fragment de granit provient du menhir géant de Kerloas.



***

Nous remercions Michel Mauguin qui a bien voulu dévoiler ici aux internautes le fruit de son étude.

Merci aussi à la famille de Taisne, à Jos Saliou, co-président du Musée du Ponant à Saint-Renan, ainsi qu'à Jean-Claude Jézéquel de l'association Tre Arzh pour leur aide et leur prêt de documents.


Yannick Loukianoff

***

EN SAVOIR PLUS


Ecrit en 1937 par le Dr. Louis Dujardin, de Saint-Renan,
ce petit ouvrage a été complété en 2008
par Jos Saliou et Michel Mauguin.
Il est consultable au Musée du Ponant.



QR code de cette page :


Télécharger ce flashcode