L'église Sainte-Croix

( Commune du Conquet )



GPS : 48°21'32.2 N  4°46'22.1 W






  L'église du Conquet est peu banale : avec son allure gothique, les statues anciennes qui ornent sa façade, son tombeau du XVIIIe siècle et son grand vitrail flamboyant, tous ces éléments étant classés aux Monuments Historiques, elle semble plusieurs fois centenaire. Pourtant, l'édifice a été bâti au milieu du XIXe siècle. En fait, c'est une voyageuse...

Accès: Venant de St-Renan ou de Brest, continuer tout droit jusqu'au centre-ville et tourner à gauche pour stationner place de Llandello.
Venant de la pointe St-Mathieu, face à un parking, prendre à gauche la rue de Verdun et stationner à droite place de Llandello.
L'entrée de l'église se trouve à 100 m, rue Poncelin.


Une église voyageuse

  La date de construction de cet édifice figure au-dessus du portail d'entrée : 1856. Toutefois ce n'est pas une construction intégralement de cette époque. On peut lire en effet sur la plaque signalétique apposée à gauche de l'église :



  Plutôt que d'engager des frais très importants afin de restaurer une église vétuste et décentralisée, car située à 2 km de l'agglomération principale, la municipalité de l'époque, à 6 voix contre 5, décida une déconstruction, un transfert et une reconstruction. Mais laissons l'historien du Conquet Jean-Pierre Clochon nous raconter la suite :

"Alors se met en place un scénario semble-t-il mûri d'avance: Jean-Marie Le Guerrannic, maire du Conquet, marchand de vins et armateur, vend le 14 juillet 1855 pour 5000 F, à François Tissier directeur de l'usine d'iode, un terrain en ville du Conquet. Le 20 du même mois, Tissier offre à la municipalité du Conquet le terrain en question pour y construire une église. Depuis ce jour et à perpétuité, la famille Tissier est titulaire de quatre places réservées dans l'église du Conquet. ( La pierre d’autel est aussi un don de François Tissier, elle porte une dédicace en bas, à droite en regardant la nef )."



La première pierre de la nouvelle église fut posée le 29 janvier 1857. La réception définitive du bâtiment eut lieu le 20 avril 1858. Quinze mois seulement auront donc suffi pour mener à bien ces gigantesques travaux. Mais le travail a été considérablement simplifié en remployant la plupart des pierres provenant de l'ancienne église de Lochrist et de la chapelle St-Christophe. Cependant le plan du nouvel édifice est sensiblement différent de celui de l'ancien.



L'ancienne église de Lochrist
d'après Joseph Bigot, architecte diocésain, 1855.
Remarquons qu'un chapitre existait dans le chœur.
Il pouvait accueillir une quinzaine de prêtres.

L'église actuelle du Conquet
d'après Candio Lesage, architectes.


  La facture totale s'élèvera à 62 401,98 F alors que la prévision était de 70 000 F. La nouvelle église est un peu plus grande que l'ancienne, elle a la forme d'une vraie croix latine et son clocher, copié sur l'ancien, n'est plus flanqué de la haute tourelle qui abritait l'escalier menant aux galeries et à la chambre des cloches.
Par la suite, des travaux de réfection de la couverture ont été effectués en 1932 et 1937. En août 1944, l'église fut gravement endommagée par les bombardements. Il fallut attendre les années 1950 pour reconstruire la flèche du clocher et mener à bien les travaux de restauration. Les gouttières en zinc furent posées en 2005 et la croix de la flèche en 2012.

Les statues de la façade




  Comme autrefois, trois statues, classées Monuments Historiques en 1914, dominent le portail d'entrée. Deux autres trônent aux angles de la façade. La plus belle, la plus émouvante aussi est ce Christ de Pitié, ou Christ aux liens, qui, dépouillé de ses vêtements, attend paisiblement, d'être jugé par le Sanhédrin1.


Ecce Homo de la façade



A gauche, une statue énigmatique
Un personnage voilé, paraissant être une femme,
semble en cacher un autre au torse et au visage
malheureusement brisés qui paraît en prière.
Il est à demi recouvert d'une étole que tient le premier.
Logiquement, il devrait s'agir
non pas d'une femme mais de St Matthieu.
car Lochrist dépendait en effet de l'abbaye de la pointe voisine
Si vous avez une idée précise sur son identité,
contactez-nous.

A droite St Jean
    Un aigle tient dans son bec l'encrier ( médiéval )
de l'évangéliste.


Aux angles de la façade se trouvent deux autres statues. Plus exposées aux intempéries et aux souillures d'oiseaux que celles du portail, elles sont très dégradées.




Dans l'angle gauche, Saint Yves
Bien que cette statue soit très érodée, on reconnaît le patron des avocats
à la bourse qu'il tient afin de distribuer son argent aux pauvres

A droite Sainte Barbe
    Elle présente la tour où son père l'avait enfermée
en attendant son martyre


 L'état de délabrement de toutes ces statues trahit leur ancienneté. Elles sont vraisemblablement antérieures à la construction de l'ancienne église de Lochrist qui datait du XVIe siècle. Peut-être ornaient-elles déjà l'église précédente ? Les experts les datent en effet du XVe siècle.

Le clocher est doté de deux belles galeries. Sous la première, on observe des sculptures saillantes qui ressemblent à des gargouilles. Aux deux angles de la façade, elles représentent des animaux fantastiques et ce sont effectivement des gargouilles destinées à évacuer loin des murs l'eau de la galerie. Aux angles opposés, ce sont des canons et on voit très bien que dressés vers le ciel, ils ne permettraient pas à l'eau de couler vers l'extérieur. Auraient-ils seulement un but décoratif ?






Il paraît assez surprenant de découvrir ainsi des armes à feu représentées sur un lieu de culte. Mais c'est le cas dans plusieurs églises du Léon et dans le Pays d'Iroise en particulier. Voir notre parcours de découverte.


L'intérieur de la nef



 Le plan très classique de l'église ainsi que les restaurations intérieures des années 1950 font d'abord croire au visiteur que la nef n'a rien d'exceptionnel. Il faut la parcourir avec curiosité pour en mesurer toutes les richesses. Les murs latéraux, par exemple, sont ornés des éléments sculptés décoratifs qui proviennent des anciens enfeus de l'église de Lochrist.



Dans l'aile droite du transept, on découvre un imposant tombeau de marbre noir que surmonte une magnifique statue.



  Il s'agit du tombeau de Dom Michel Le Nobletz, célèbre prêtre-missionnaire breton du temps de Richelieu. Ardent défenseur des plus démunis, fervent prédicateur de la contre-réforme catholique au point d'être surnommé "ar beleg foll", le prêtre fou, par ses détracteurs, il passa les douze dernières années de sa vie au Conquet dans une maison transformée depuis en chapelle. Ses talents d'orateur et sa méthode très pédagogique consistant à illustrer ses propos par de grands dessins, les "taolennou", qu'il commentait au public, sont à l'origine de sa renommée. Un siècle après sa mort, cette statue de marbre blanc fut l'œuvre de Philippe Caffiéri, chef de l'atelier de sculpture du port de Brest. Le tombeau et la statue ont été classés Monuments Historiques en 1906.

Les vitraux, de trois époques différentes, méritent une attention particulière.


Au fond du chœur, le grand vitrail de la Crucifixion
classé Monument Historique en 1938


  Ce fut sans doute une prouesse que de démonter, déménager depuis Lochrist puis remonter cette maîtresse-vitre du chœur datant du XVIe siècle. Elle a volé en éclats lors du bombardement de 1944 et son classement d'avant-guerre lui a permis de bénéficier d'une restauration avec un comblement des vides qui ne gêne pas trop la compréhension de l'ensemble.

Aux extrémités du transept qui héberge le tombeau de Dom Michel Le Noblez, on peut admirer deux beaux vitraux peints en 1932 par Robert Micheau-Vernez ( 1907-1989 ) et réalisés par le maître-verrier Emmanuel Rault. Chacun des épisodes de la vie du prêtre-missionnaire est accompagné d'une légende en breton.
Par exemple, dans le transept Sud, au-dessus du tombeau, le premier épisode du vitrail est le suivant :



On peut lire :

AR VERC'HEZ A RA HENT GANT MIKAELIG : La Vierge fait route avec le petit Michel.

Il s'agit de l'enfance du prédicateur qui, d'emblée, est placé sous haute protection.

Nous allons vous laisser découvrir les illustrations des autres épisodes de ce vitrail dont voici les légendes :

MIKEL O KOMUNIA AR CRISTENIEN : Michel donnant la communion aux chrétiens.

MIKEL GANT AN DUD AR VOR : Michel avec les gens de mer.


Et maintenant, traversons l'église et passons au vitrail Nord situé en face. On y lit :

MIKEL A ZISKUEZ EUR CROAZ TAN : Michel montre une croix de feu.

MIKEL A RO DILHAD D'AR BEORIEN : Michel donne des vêtements aux pauvres.

MIKEL EN DRO DA VRO LEON : Michel de retour dans le Léon.


Les autres vitraux de la nef, par leur modernité, tranchent avec les précédents. Réalisés en 1960 et 1970, ils sont l'œuvre du maître-verrier Jacques Bony qui a pris pour thème les grands personnages de l'Eglise.




Hautes en couleurs, très stylisées, la plupart des images ont aussi en commun la verticalité de leurs différents éléments. On remarquera que deux à deux, de part en d'autre de la nef, elles semblent se parler tant leur style se correspond.


Au sommet de la chaire trône une discrète statuette en bois verni. Elle représente la Vierge et son Fils et montre des traces d'érosion dues au fait qu'au temps où elle était encore polychrome, elle avait été placée à l'extérieur, dans la niche du chevet.




La croisée du transept et de la nef est un espace particulier que surveillent, à la base des nervures de la voûte, quatre culs-de-lampe très originaux et difficiles à observer car ils ne sont pas éclairés par les projecteurs voisins. Quatre écuyers2 presque identiques tiennent chacun un écusson portant une inscription.



Mr.Bigot, architecte, P.Jezequel, contremaître
© Photo Gérard Bosch


Messieurs Le Guerrannic, maire. Tissier, Trésorier
© Photo Gérard Bosch


Recteur, Mr.Gloaguen
© Photo Gérard Bosch


Fait en 1856
© Photo Gérard Bosch

  Très discrètement, puisque ces inscriptions ne sont pas lisibles depuis le sol, les responsables du transfert et de l'édification de l'église ont ainsi dédicacé leur œuvre à la manière des artisans médiévaux. Ce clin d'œil au passé traduit leur fierté d'avoir laborieusement accompli un travail pour la postérité. Et pour éviter toute confusion, ils en ont honnêtement gravé la date.


Enfin il faut jeter un œil sur le superbe buffet d'orgue qui surplombe l'entrée de la nef. Ce grand instrument qui dote les cérémonies d'une incomparable solennité a été fabriqué en 1872 dans son atelier de Quimper par Jules Heyer. Ce célèbre facteur d'orgues polonais avait contribué avec Aristide Cavaillé à la construction des grandes orgues de Notre-Dame de Paris. Jules Heyer a construit l'orgue de la cathédrale de Quimper ainsi que la plupart des orgues de Bretagne.






L'organiste du Conquet Jean-Pierre Séguin

    On le voit, l'église du Conquet recèle une quantité d'éléments de notre patrimoine qui mériteraient d'être davantage connus et reconnus. Car leur connaissance ne doit pas rester seulement une affaire de spécialistes. Elle constitue un indéniable avantage culturel que recherchent à la fois une bonne partie de la population ainsi que les touristes que nous recevons.

Yannick Loukianoff

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1- Le Sanhédrin était le tribunal suprême d'Israêl.

2- Il est possible aussi que ces personnages soient des anges, comme ceux du gisant de Locronan qui portent aussi des écussons. Les nervures de la voûte simuleraient leurs ailes. Leur emplacement très en hauteur conforterait aussi cette hypothèse.


Merci à Jean-Pierre Clochon et à Marcel Quellec pour leur aide et leur fourniture de documents, à Roger Coguiec et Gérard Bosch pour la réalisation de photos dans des conditions difficiles.


Des animations sont prévues chaque année dans l'église : concerts d'orgue et chants choraux.
Voir sur ce site la rubrique INFOS.



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