L'église Saint-Budoc

( Commune de Porspoder )




GPS : 48°30'33.1 N  4°45'55.6 W





Accès:
  Depuis St-Renan, prendre la D 68 vers Argenton. Face à la mer, tourner à gauche. L'église St-Budoc se trouve à 1 km, au centre de Porspoder, sur le côté droit de la route et face au large. On peut stationner à proximité immédiate.

  Le bourg de Porspoder était autrefois une trève de la paroisse de Plourin qui était très étendue. Un ancien édifice, la chapelle Notre-Dame, situé un peu plus haut sur la place, était déjà signalé en 1381. L'église actuelle date de 1645. On reconnaît le granit de l'Aber-Ildut dans sa construction. Le bâtiment a été rehaussé en 1857. Un porche lui a été ajouté sur le côté sud ainsi qu'une chapelle au nord. Depuis cette date, l'entrée se fait par le porche latéral et non par la porte du clocher que souligne une ornementation très simple de l'entablement. Un écusson "fascé de six pièces", aux armes des Du Chastel et aujourd'hui complètement effacé, surmonte l'ancienne entrée.



Le clocher est original : c'est une massive tour carrée à demi incluse dans le bâtiment. Derrière une fausse galerie, un étage en retrait supporte l'unique vraie galerie. Une petite tour carrée à deux étages largement ajourés pour abriter les cloches lui succède. Ses angles sont ornés de pinacles. Une flèche de pierre amortit1 l'ensemble. Sa masse est ornée de crochets qui, en se découpant sur le ciel, la rendent plus élancée. Un petit clocheton s'élève au-dessus du toit de la nef.





Le porche latéral, très simple, possède une arcade ogivale.



Il est surmonté dans une niche d'une statue de Saint-Pierre tenant une clé. Un écusson repose à ses pieds. "Mi-parti, au 1 d'or à trois fasces ondées d'azur au franc canton chargé d'hermines, au 2 palé d'or et d'azur". il indique l'union des familles de Kergadiou2 et de Kerlozrec.


On peut lire sur le socle "Me.P.BORENEUR". Il s'agit sans doute du nom du donateur.

  La nef comporte six travées flanquées de bas-côtés que délimitent des arcs en plein cintre. Entre la 4e et la 5e travée, un arc diaphragme supporte un mur soutenant à l'extérieur le petit clocheton du toit.

  Sous la voûte en berceau, on remarque que les six entraits3 sont peints de volutes semblant imiter des vagues. Ils sont sculptés à chacune de leurs extrémités de têtes de dragons engoulantes4 qui paraissent émerger des sablières latérales. On retrouve assez souvent en Bretagne, mais aussi dans d'autres régions, des poutres engoulées sensées représenter le Mal ( le serpent Léviathan de la Bible ) comme écrasé sous le poids de la toiture d'un édifice sacré, et tentant d'avaler les énormes entraits de la charpente. Au Pays d'Iroise, on n'en voit que dans cette église.



Les ex-voto

Deux grands tableaux ornent le mur sud. Assez mal éclairés, ils méritent pourtant qu'on s'y arrête.

       

Photos Denis Tahier

  Ce sont deux grandes toiles de 1,40 m x 1 m pour la première, 1,40 m x 1,20 m pour la seconde, peintes et offertes à l'église en accomplissement d'un vœu fait lors d'une terrible tempête, l'une en 1768 et l'autre en 17715.

Dans le premier cas, le capitaine Masson dirigeait la Marie-Josèphe, un grand cotre à hunier armé au cabotage. Avec sa grand voile et sa trinquette déchirées, le voilier ne disposait plus que de son foc pour ne pas devenir la proie des éléments. Dans l'angle supérieur gauche, l'évêque pourrait être Saint Nicolas de Myre, patron des marins.
  L'autre navire est un grand brick à deux mâts et à phares carrés armé lui aussi au cabotage. Seule la misaine flotte encore au vent et elle a été déchirée comme le hunier du grand mât. Dans une situation pire que celle du navire précédent, celui-ci est devenu ingouvernable.
Ces toiles sont visiblement des œuvres du même artiste. Elles étaient à l'origine exposées dans le chœur de l'église. Mais elles ont été déplacées vers 1870 et retirées en 1962 pour être remises aux familles des descendants. En 2011 et en 2014, après restaurations, elles ont pu revenir dans l'église grâce à l'action de la municipalité.


Les vitraux

Les plus anciens sont les deux vitraux du chœur et ils ne datent que de 1899. Ils sont l'œuvre du maître verrier Gilbert Felep, de Landerneau. Tous deux se rapportent à la vie de Saint Budoc à qui l'église est dédiée.




Selon la tradition, Saint Budoc serait venu d'Irlande au moment de l'effondrement de l'Empire romain et aurait débarqué à Porspoder dans une auge de pierre.

  Le nom même de Budoc, ou Beuzec, a le sens de "sauvé des eaux" en breton. ( beuziñ = se noyer ). Selon la légende, sa mère Azénor, fille du roi Even de Brest, enceinte, fut condamnée sur dénonciation calomnieuse de sa belle-mère à être jetée à la mer dans un tonneau. Ballotée par les flots pendant cinq mois, elle aurait survécu et atteint les côtes d'Irlande où son fils, sauvé des eaux, serait né.
Devenu moine et prêtre, Budoc serait revenu en Armorique à bord d'un sarcophage pour évangéliser la terre de ses ancêtres. Après être resté un an à Porspoder, il aurait fondé la paroisse de Plourin puis succédé à Saint Magloire comme évêque de Dol en 539. C'est cet événement qu'illustre le second vitrail où l'on voit le saint bénir des guerriers gaulois.





  Les 11 autres vitraux ont été réalisés à Paris en 1933, sur commande de plusieurs donateurs, par le cartonnier Marc Choisnard et le maître verrier Jacques Champigneulle. Ils illustrent des événements miraculeux comme Saint Michel terrassant le dragon ou Saint François d'Assise prêchant aux oiseaux devant le loup de Gubbio qu'il est parvenu à convertir.

           


  Les autres scènes illustrent La pêche miraculeuse, la Sainte Famille, l'apparition du Sacré-Cœur et en face, sur l'autre bas-côté, La Vierge apparaissant à Bernadette, la Vierge et sa mère Sainte Anne, Sainte Jeanne d'Arc, Saint Jean Baptiste baptisant le Christ, Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus ainsi que la mort de Salaün-ar-Foll l'innocent du Folgoët sur la tombe duquel pousse déjà un lys.


Le lambris retable



  L'intérêt de ce maître-autel réside dans le panneau central où l'on voit le Christ tenant un calice de la main droite et un pain de la main gauche. Il illustre l'institution de l'Eucharistie. C'est en fait une copie d'une toile de Nicolas Poussin commandée en 1641 par Louis XIII et conservée au Louvre. Ci-dessous à gauche le tableau du Louvre et à droite la copie de Porspoder qui s'en différencie par quelques détails que vous prendrez plaisir à rechercher.

           



L'autel du Rosaire

  Cet autel Renaissance richement orné date sans doute du XVIIe siècle. Il fut offert à l'église de Porspoder par la Confrérie du Rosaire.
Le rosaire est un grand chapelet composé de 15 dizaines de grains minuscules, chacun de ces derniers correspondant à un Ave que le fidèle doit réciter. Des grains plus gros séparent les dizaines de petits grains et correspondent aux Notre Père. A chacun de ceux-ci, le récitant doit observer un moment de méditation. L'autel lui permet à cet instant de fixer son attention sur l'événement religieux de son choix.



  Très coloré, cet autel représente au centre la Sainte Famille. Tout autour, 15 médaillons symbolisent les mystères du Rosaire. En partant d'en bas à gauche et en remontant pour redescendre sur la droite, on peut découvrir : La Visitation, la Nativité, la Pentecôte, Jésus au milieu des docteurs de la Loi, puis au jardin des Oliviers, la montée au Calvaire, la Résurrection, l'Ascension, la Crucifixion, la Flagellation, le Couronnement de la Vierge, le Couronnement d'épines, l'Assomption, la Présentation au temple et enfin l'Annonciation. On le voit, ces médaillons ne suivent aucun ordre chronologique. Ce désordre volontaire oblige le récitant à rechercher le médaillon suivant et ainsi à conserver son attention.


Les statues

  Outre la petite statue de Saint Pierre qui surveille l'entrée du porche, l'église présente plusieurs autres œuvres :
  Dans le chœur, on reconnaît de nouveau Saint Pierre, à gauche, et Saint Paul à droite portant l'épée qui le décapitera.

           


Et contre un pilier une belle statue de Saint Nicolas de Myre avec les enfants sauvés du saloir, qu'accompagne sur le pilier opposé celle de Sainte Marguerite d'Antioche foulant à ses pieds le dragon qui l'aurait avalée.


     


On ne manquera pas non plus de jeter un œil sur l'orgue installé en 1986 et réalisé à Caen par le facteur d'orgues Jean-François Dupont.




-1- En architecture on emploie le verbe amortir pour dire qu'un élément en prolonge verticalement un autre pour le terminer.

-2- On peut voir sur ce site, à la page concernant le manoir de Kerenneur, les armes des Kergadiou reproduites comme ici sur la moitié d'un écusson.

-3- La voûte dissimule les fermes de la charpente. Seuls les entraits apparaissent.

-4- Voir l'explication de ce mot sur Wikipedia.

-5- Les dates 30 novembre 1768 et 6 décembre 1771 sont écrites selon l'ancienne manière d'abréger les noms des 4 derniers mois de l'année. Nos noms de mois sont en effet hérités du calendrier romain républicain qui commençait aux ides de mars considérées alors comme étant l'équinoxe de printemps. Juillet et août ont reçu par la suite les noms de Jules ( César ) et de l'empereur Auguste. Seuls septembre, octobre, novembre et décembre ont conservé un nom rappelant leur rang à partir de mars. D'où les abréviations 7bre, 8bre, 9bre et Xbre.


Yannick Loukianoff

Documentation : Chanoine H.Pérennès "Porspoder, notice descriptive", Le Mans, 1951 ainsi que le travail réalisé par Mme Tahier mis à la disposition du public dans l'église.

QR code de cette page :



Télécharger ce flashcode


***