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L'église Notre-Dame de Liesse

( Commune de Saint-Renan )





GPS du stationnement place Saint-Herbot : 48°25'55.8 N   4°37'30.8 W




Vue latérale

Accès: Stationner de préférence sur le parking de la place St-Herbot et rejoindre l'église à pied.

    A l'emplacement de cette église, l'ancienne chapelle Notre-Dame de Liesse avait vu son clocher s'écrouler en 1768. On décida alors de la reconstruire et de l'agrandir. Le nouvel édifice, entièrement bâti en granite local, fut achevé en 1772. En 1792, sous la Révolution, Notre-Dame de Liesse a été érigée en église paroissiale, comme étant plus grande et plus belle que l'ancienne église Saint-Ronan du bas de la ville. Notre-Dame de Liesse fut ensuite agrandie en 1869, 1891, puis restaurée en 1905.
   Il faut remonter à 1728 pour voir, ajoutée à l'ancienne dénomination de "Notre-Dame" de la chapelle, la précision "de Liesse". Une référence probable à la basilique du même nom, en Champagne, où les rois ainsi que de nombreux pélerinages populaires vénéraient la Vierge noire.


L'église vue de face

Le panneau descriptif

  Le clocher ressemble peu à ceux des paroisses environnantes. Sa tour carrée est prolongée, au-dessus de la galerie et de la chambre des cloches, par un dôme supportant un haut lanternon, tandis que deux tourelles polygonales à escaliers, dont l'une héberge l'horloge, lui sont accolées.

Le clocher

   On remarquera l'orientation originale de cette église dont le clocher et le porche se trouvent à l'est et le chœur à l'ouest afin que son accès se fasse par la rue plutôt que par le cimetière.
   L'intérieur est très vaste. La voûte en berceau repose sur des piliers qui déterminent six travées et deux bas-côtés. L'agrandissement de 1869 y ajouta un chœur à sept arcades néo-romanes, un déambulatoire et trois chapelles rayonnantes.

la nef et le chœur

   A droite en entrant, un baptistère en marbre attend les nouveaux-nés.

Baptistère

Les dix piliers ronds des arcades du chœur forment un demi-cercle. Les deux premiers sont même quadruples. Tous supportent des chapiteaux néo-romans sculptés.

Piliers

choeur

   Des sculptures de l'ancienne église ornent encore le soubassement de l'autel. Elles représentent 5 des 12 apôtres. L'un d'eux a dû être restauré.

choeur

   Les travaux de 1891 consistèrent à édifier une immense tribune au-dessus de l'entrée.

Plan du vitrail

Les vitraux

   Eclairant largement la nef et les bas-côtés, de grands vitraux ornent cette église. Ce sont de véritables chefs-d'œuvre, réalisés lors de la restauration de 1905 par l'atelier de maîtres-verriers Haussaire et Payan1, à Paris.
Leur originalité : c'est une galerie des saints bretons vénérés dans le Pays d'Iroise.
D'une manière générale, les saints bretons figurent en tenue épiscopale. Ont-ils réellement été évêques ? Les historiens préfèrent substituer au terme d'évéché celui de "zone d'influence" d'un moine, ermite ou encore abbé d'une petite communauté religieuse. La plupart vivaient au début de l'époque mérovingienne et on leur attribue l'évangélisation de la Bretagne.

Il faut monter dans la tribune pour découvrir par exemple à gauche Saint Rivoaré, le patron de la paroisse de Lanrivoaré, en compagnie de son neveu aveugle Saint Hervé qui tient en laisse le loup lui servant de guide. L'ermitage de Saint Hervé se trouve à Lanrivoaré et se visite librement.

Sur le mur opposé, Saint Yves, est le patron des avocats, mais aussi le défenseur des pauvres. On le vénère dans plusieurs lieux du Pays d'Iroise, notamment à Trébabu. Il tient en mains un code et un parchemin attestant sa fonction de juge.

St Rivoaré
Saint Rivoaré et son neveu Saint Hervé
St Yves
Saint Yves


   Autour de la nef, on découvre successivement en partant à gauche, sous la tribune :

Saint Guinel ( ou Gwénaël ), sans barbe parce que devenu évêque très jeune, qui est le patron de Plougonvelin. Il serait né en 454 à Quimper et mort à Vannes après avoir vécu plusieurs années en Irlande.

Plus loin, Saint Tugdual2 ( appelé familièrement Saint Pabu ), porte un évangile. D'origine galloise, il aurait débarqué dans la presqu'île de Kermorvan. Patron de Trébabu, il fut selon la légende un compagnon d'études de Saint Ildut et serait mort en 564 après avoir été nommé évêque de Tréguier par le roi Childebert 1er et avoir même été pape pendant deux années. Mais on n'en a aucune preuve historique.

St Guinel
Saint Guinel
St Pabu
Saint Tugdual

Saint Pierre, portant la clé du paradis et un parchemin, est le patron des églises de Ploumoguer et de Lamber.


St Pierre
Saint Pierre

Saint Sané, portant l'Evangile, est le patron de Plouzané. La légende prétend que, venu d'Irlande, il aurait débarqué sur la plage de Perzell, à Plougonvelin. Compagnon de Saint Ronan, il aurait fondé l'église de Locmaria-Plouzané et serait mort en 485.

Saint Germain l'Auxerrois figure ici car il était titulaire d'une ancienne chapelle de l'église. On sait qu'il reçut du pape la mission de combattre l'hérésie du pélagianisme3. Or on le voit tenant en laisse un dragon, ce qui n'est jamais le cas. Si le dragon symbolise évidemment le paganisme et les hérésies, on peut penser qu'il s'agit de l'attribution au fondateur de l'abbaye d'Auxerre de l'exploit d'un autre Saint Germain contemporain du premier. En effet, Saint Germain à la Rouelle, qui fut baptisé par l'Auxerrois, est censé avoir évangélisé une partie de la Bretagne et de la Normandie et contrairement à Saint Germain d'Auxerre, est toujours représenté tenant en laisse le dragon qu'il aurait capturé dans le Cotentin. Saint Germain l'Auxerrois est mort en 448

St Sané
Saint Sané
St Germain
Saint Germain

Les quatre vitraux suivants sont consacrés à la Vierge.

Sainte Anne, grand-mère du Christ, est la patronne de toute la Bretagne. Avec son mari Joachim, elle enseigne à Marie les Saintes Ecritures. En bas, la basilique Ste-Anne d'Auray.
L'Assomption: Notre-Dame, la patronne de cette église comme celle de Locmaria-Plouzané, est emportée au paradis par des anges.
La Bonne mort: Marie confirme l'extrême onction administrée par un prêtre à un mourant.
La Vierge Marie fait entrer au paradis des âmes venant du purgatoire.

Puis viennent autour du chœur, en place d'honneur :

Saint Corentin: C'est le patron de tout le diocèse. Il fut vers la fin du Ve siècle, selon la légende, le premier évêque de Quimper. On le voit ici recevant ce titre des mains du roi Gradlon. Ce dernier aurait été émerveillé par un prodige accompli par le saint : après un repas de poissons ceux-ci auraient repris vie miraculeusement.

Paray-le-Monial: Le Sacré-Cœur apparaît à Sainte Marguerite-Marie Alacoque.
Le Sacré-Cœur : La dévotion.

Saint Pol-Aurélien: Venant du Pays de Galles en compagnie de 70 autres moines, il aurait débarqué aux alentours de l'an 480 à Lampaul dans l'île d'Ouessant. Il aurait séjourné ensuite à Lampaul-Plouarzel et à Lampaul-Ploudalmézeau dont il est le patron de l'église. Puis il aurait gagné St-Pol-de-Léon, centre du diocèse qui lui fut confié par Childebert 1er en 530. Il mourut dans l'île de Batz. On le voit ici reçu par le roi. On remarque que sur ces deux vitraux les rois sont agenouillés en présence des saints.

St Corentin
Saint Corentin
St Pol-Aurélien
Saint Pol-Aurélien

Les deux vitraux suivants, très réalistes, sont dédiés à la Sainte Famille.

L'apprenti charpentier
Jésus apprenti charpentier
Mort de Saint Joseph
La mort de Saint Joseph

Puis viennent:
Saint Ronan. Ce saint d'origine irlandaise aurait traversé la Manche au VIIe siècle dans une auge en pierre et aurait abordé le rivage léonard. Remontant l'Aber Ildut, il aurait fondé son ermitage au lieu-dit Toul an Aon, non loin d'une source, là où se trouve aujourd'hui la mairie de St-Renan. Il se serait plus tard installé en Cornouaille, à Locronan, sans doute à l'emplacement de l'église actuelle qui héberge son tombeau. Il est évidemment le patron de la paroisse de St-Renan, mais aussi de Molène. Saint Ronan figure en costume d'évêque sur ce vitrail, chassant le démon du corps d'un malade. A Locronan, Saint Ronan aurait ressuscité la fille de son ennemie, la Keben, que l'on aperçoit, terrassée, au fond, à gauche.

Saint Arzel ( ou Armel ). Au début du VIe siècle, il aurait lui aussi traversé la Manche et fondé un ermitage sur la rive sud de l'aber Ildut, en Plouarzel. Poursuivant ensuite une vie errante afin d'évangéliser la population, il aurait sillonné la Bretagne et plusieurs localités portent aujourd'hui son nom. La légende retient qu'il aurait terrassé un dragon avec pour seules armes son étole et de l'eau bénite. Le patron de l'église de Plouarzel partage aussi avec Saint Pol-Aurélien le patronnage de celle de Ploudalmézeau. Il est représenté ici en évêque.

St Ronan
Saint Ronan
St Arzel
Saint Arzel

Saint Matthieu fut l'un des douze apôtres du Christ. Armé de sa plume, il rédige un évangile. Une légende4 prétend que ses reliques auraient été ramenées d'Ethiopie au IVe siècle et déposées quelque temps à l'abbaye de la pointe St-Mathieu dont dépendait le prieuré de St-Renan. Elles sont aujourd'hui conservées dans la cathédrale de Salerne, en Italie.

La Sainte Croix est la patronne du Conquet. Auprès d'elle figurent de gauche à droite Dom Michel Le Noblez et le père Julien Maunoir, missionnaires bretons du XVIIe siècle. Le tombeau de Dom Michel se trouve à l'intérieur de l'église du Conquet. Sa demeure au Conquet est aujourd'hui une chapelle.

St Matthieu
Saint Matthieu
La Sainte Croix
La Sainte Croix

Saint Gouesnou était un compagnon de Saint Pol-Aurélien auquel il aurait succédé comme évêque du Léon. Il fonda un monastère à Gouesnou et serait mort en 675.

Saint Sébastien aurait vécu au IIIe siècle. Originaire de Narbonne et centurion dans l'armée romaine, il aurait été dénoncé pour sa foi chrétienne et serait mort en martyr sous les flèches. Sa représentation sur un vitrail rappelle qu'une ancienne chapelle lui était consacrée dans la ville.

St Gouesnou
Saint Gouesnou
St Sébastien
Saint Sébastien

   Les statues

En 1969, en application du concile Vatican II, beaucoup d'ornements de l'église furent supprimés, notamment des statues qui furent déposées au Musée religieux de Brest. Mais on en a gardé quelques-unes comme la très belle statue de Saint Roch, qui date du XVe siècle.

St Ronan
Le saint, blessé, est représenté ici avec son bâton de pélerin
et accompagné de son chien, Roquet,
qui lui apporte comme chaque jour un pain qu'il a dérobé.


  

St Ronan
St Ronan

Notre-Dame des Victoires
Derrière l'autel, Notre-Dame des Victoires, acquise en 1804
Notre-Dame de Liesse
Notre-Dame de Liesse, patronne de l'église.
Statue du XVIe siècle

  

On retiendra donc surtout de cette église son originalité, la qualité de ses vitraux et sa jolie statue de Saint Roch. Quant au choix des saints qu'elle présente sur ses vitraux, et qui fait la part belle à certains saints bretons, on aurait aimé y voir aussi Sainte Haude, Saint Samson, Saint-Ildut, Saint Ergat, Saint Budoc ou encore Saint Egarec qui patronnent d'autres édifices religieux du Pays d'Iroise. Mais il faut bien comprendre que le choix initial était limité au canton de St-Renan et qu'il fut complété ou modifié par celui des donateurs, parmi lesquels certains prêtres ou certaines familles avaient des attaches étrangères au Pays d'Iroise. La galerie des saints n'est donc ni exhaustive ni exclusivement bretonne, ce qui peut traduire aussi le désir de montrer une certaine universalité de la foi.

***

-1- Léon Payan a dessiné et confectionné les vitraux d'un grand nombre d'églises et de chapelles en Bretagne. Pour plus de renseignements sur cet artiste et sur son œuvre, voir le site internet très documenté qui lui est consacré.
-2- Lire sur internet la page intitulée Saint Tugdual écrite par Jean-Pierre Clochon, historien du Conquet. Il y relate l'arrivée de Saint Tugdual dans la presqu'île de Kermorvan et explique l'origine de son surnom de Saint Pabu.
-3- Le pélagianisme est une doctrine chrétienne répandue à la fin du IVe siècle dans l'empire romain par le moine Pélage, né en Grande Bretagne. S'opposant à Saint Augustin, Pélage niait le péché originel et la grâce divine. Il considérait que l'homme avait son libre arbitre et gagnait le paradis ou l'enfer directement selon les actes accomplis dans sa vie. Le baptême perdant alors son sens, le concile de Carthage en 418 et le pape Zozime condamnèrent cette doctrine comme une hérésie.
-4- Le récit de cette légende figure dans "La translation des reliques de Saint Mathieu", livret édité par "Les Amis de Saint Mathieu" et disponible au musée de la pointe St-Mathieu, à Plougonvelin. On peut lire sur internet la critique de l'historien Joseph Loth concernant cette légende.

Merci à M. Jos Saliou et à l'association "Musée du Ponant" qu'il préside, pour leur aide et leur prêt de documents.

Yannick Loukianoff

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