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La chapelle Notre-Dame de Kersaint

( Commune de Landunvez )




GPS : 48°32'57 N 4°42'21 W





Accès: Sortir de St-Renan par la route de Ploudalmézeau (D68) et la continuer tout droit vers Argenton. 1,3 km après la chapelle St-Roch, tourner à droite vers Landunvez. Traverser le bourg, rejoindre la D27 et continuer dans la même direction jusqu'à Kersaint. Au rond-point, obliquer à droite et stationner aussitôt à droite dans le parking de la chapelle.



    Le clocher de cette chapelle, avec ses trois étages surmontant une belle galerie, a été reconstruit en 1903. En effet, la foudre venait d'abattre l'ancien clocher datant de 1749 ainsi qu'une partie des vitraux, tandis que la toiture était gravement endommagée.



  Devant le portail de la chapelle se dresse un grand ossuaire en pierres comportant 13 niches destinées à accueillir des crânes. Rassurez-vous, elles ne sont pas occupées !


  On remarque l'ornementation architecturale particulièrement ouvragée qui entoure le grand portail de la chapelle.
  Le bâtiment a été construit au XVe siècle, époque où les seigneurs du château de Trémazan1, les du Chastel, étaient tout puissants à la cour des rois de France. Il a probablement remplacé un édifice beaucoup plus ancien, pouvant même remonter au VIe siècle. En 1518, par décision de Tanguy(V) du Chastel, la chapelle devient une collégiale, c'est-à-dire qu'elle est confiée à une communauté de moines, six prêtres blancs, bénéficiant de revenus ecclésiastiques et résidant, à partir de 1560 environ, à la Maison des Chanoines, qui fut construite pour eux non loin du château. Ils organisaient tous les offices et conservèrent cette charge jusqu'à la Révolution. Considérée comme bien national, la chapelle fut vendue à la famille Bazil qui en fit don à la paroisse de Landunvez en 1810. Ce sont également des descendants de cette même famille qui apportèrent les fonds lors de la reconstruction après l'incendie.



La nef


Photo A. du Chéné

    L'intérieur du bâtiment est intéressant. Le visiteur est accueilli dès son entrée par un grand tableau de la Crucifixion qui a retrouvé sa place dans la nef après restauration.


Très belle copie de l'œuvre du peintre hollandais Jordaens ( XVII e )
actuellement exposée au Musée des Beaux-Arts de Rennes
( Photo A. du Chéné )


    Kersaint fut un important centre accueillant les pélerins. La légende de Sainte Haude et Saint Tanguy a toujours été à la base de leurs dévotions.
Lire la tragique légende contée sur notre page décrivant la fontaine Sainte-Haude :



Elle est rappelée par les vitraux du maître-verrier Léon Payan2, qui datent de 1901.


Gurguy, déjà porteur de l'auréole de Saint Tanguy, vient de trancher de son épée la tête de sa sœur Haude.
Devant ce spectacle, deux lavandières se désolent tandis qu'un bourgeois lève les bras au ciel.
  Cette représentation d'un saint commettant un meurtre fratricide est tout à fait étonnante dans un lieu de culte. Mais il faut se souvenir que sa sœur lui a pardonné son acte et que les évangiles prônent toujours le pardon.




Dans la grande salle du château de Trémazan, Sainte Haude, debout à droite, pardonne à son frère Gurguy-Tanguy agenouillé aux pieds de son père Galon.
La sainte porte sous le visage la trace du coup d'épée qui l'a décapitée.


Pour expier son forfait, Gurguy, toujours à genoux, reçoit de l'évêque St-Pol Aurélien une robe de bure que lui présente un autre moine. Surmonté d'une auréole ardente, il change alors de nom et devient Tanguy. ( En breton, tan = feu )
On aperçoit au fond l'abbaye de St-Mathieu qu'il fondera plus tard.


   Ces vitraux ont remplacé ceux qui avaient été détruits par l'incendie de 1903 : Ils représentaient les cinq membres de la famille du Chastel devenus évèques. Jean, évèque de Carcassonne, fondateur de la chapelle, Olivier et Gabriel évèques d'Uzès, Olivier évèque de St-Brieuc et Hippolyte évèque de Tréguier.

   Aux murs de la nef deux statues restaurées rappellent encore la légende fondatrice du pélerinage.


La sainte porte à la main la fleur rouge que la légende dit s'épanouir autour du lieu du meurtre et dans les fossés du château.




    Restaurée en 1998, la chapelle a bénéficié d'importants travaux portant sur sa charpente, sa voûte en berceau, sa couverture d'ardoises et ses murs. Les engoulants des poutres étaient à l'origine polychromes.





Au centre des poutres, on distingue encore des blasons.




( Photo A. du Chéné )


On reconnaît à gauche les armoiries d'Olivier du Chastel,
seigneur de Trémazan, et à droite celles de Marie du Poulmic.
Ils se sont mariés en 1459, à l'époque du roi Charles VII
( Recherches héraldiques de Michel Mauguin )


La nef, toute simple, présente dans ses parois une vingtaine de vases en terre cuite qui ont été mis au jour sous les anciens enduits. Cet appareillage confère au bâtiment une exceptionnelle qualité acoustique qui permet au Cycle Musical de Kersaint-Landunvez d'y organiser chaque été une série de concerts réputés.





    Le passé de la chapelle en tant que centre de pélerinage est rappelé par la présence d'un petit couloir latéral, appelé couloir des lépreux, qui permettait aux malades de gagner directement la chapelle de la Vierge sans cotoyer les autres fidèles. Un petit vitrail moderne en marque l'ancienne entrée.





Deux cheminées permettaient même aux pélerins de se réchauffer lorsqu'ils passaient la nuit dans l'édifice.





Un grand vitrail moderne domine le maître-autel avec lequel il s'harmonise parfaitement.




Réalisée par les ateliers d'Antoine Le Bihan, à Quimper
sur un projet d'Hung Rannou
cette maîtresse-vitre a été posée en juin 2017.


Le maître-autel date de la première moitié du XIXe siècle. En forme de tombeau galbé, ses boiseries polychromes imitant le marbre recouvrent l'ancien autel en pierre.





On retrouve le même style romantique et le même décor floral dans la chapelle Saint-Gonvel.



A droite de l'autel, au-dessus de la porte de la sacristie, trois petits tableaux sont exposés.




Ils proviennent d'une toile très abîmée représentant la Sainte Famille, qui ornait la sacristie et ne pouvait plus être restaurée.


La Sainte Famille à l'atelier. Huile sur toile de 1843.
( Photo A. du Chéné )


L'aile nord du transept est consacrée à la Vierge. Une très belle statue de Notre-Dame de Bon Secours et de son Fils, tous deux couronnés, est placée dans une niche autrefois fermée par deux volets de bois.


La Vierge est représentée tendant une grappe de raisin à l'enfant Jésus.
Les couronnes et le manteau fleurdelisé rappellent leur rang au Royaume des Cieux.




    La Vierge, à laquelle est dédiée toute la chapelle, est appelée ici en breton Itron Varia Wir Zikour, littéralement Dame Marie ( Notre Dame ) du Vrai Secours ( de Bon Secours en français). Le pardon de Notre-Dame de Bon Secours a lieu chaque année le jour de l'Ascension et le 15 août. Les fidèles sont très nombreux à y participer.

    Un grand tableau représentant l'Assomption et qui surplombait autrefois le maître-autel côtoie aujourd'hui Notre-Dame de Bon Secours. Inscrit aux Monuments historiques, comme le sont le maître-autel du chœur et le retable, il serait attribué au peintre Yann Dargent et date du début du XIXe.





A gauche de ce tableau deux autres statues intriguent le visiteur :





Ces anciennes statues en bois ne portent aucun nom. Selon le Père Appéré, la première pourrait représenter Saint-Yves, le patron des avocats. La seconde, qui a perdu les doigts de la main droite serait une Mater Dolorosa.

    Une autre statue est placée contre le mur sud de la nef. Elle représente Sainte Anne, mère de la Vierge et grand-mère de l'enfant Jésus. Sainte Anne est la patronne de la Bretagne.



    On remarquera encore, contre le mur sud de la nef, une chaire à prêcher placée très en hauteur. Les chanoines y accédaient par une petite porte donnant sur un escalier placé dans la sacristie.



    Deux maquettes de voiliers données en ex-voto à la chapelle à la suite d'un vœu rappellent au visiteur les conditions difficiles de navigation en mer d'Iroise.






La plaque a été posée à la suite d'un vœu prononcé par le capitaine d'un voilier de commerce et ses matalots. Une violente tempête les avait amenés à très faible distance des écueils de la côte. Le danger était imminent, le voilier allait se fracasser.
«- Promettons à Notre-Dame de Kersaint d'aller la voir dès demain si elle nous tire d'ici », dit alors le capitaine.
Et une vague plus forte que les autres projeta le navire au-delà des roches. Le lendemain, ils vinrent comme promis, la tête et les pieds nus, remercier Notre-Dame de Bon Secours.


***

-1- Les ruines du château fort de Trémazan sont situées à 500 m de la chapelle. Une page de ce site internet leur est consacrée.


-2- Léon Payan a dessiné et confectionné les vitraux d'un grand nombre d'églises et de chapelles en Bretagne. Pour plus de renseignements sur cet artiste et sur son œuvre, voir ci-dessous le site internet très documenté qui lui est consacré.



Yannick Loukianoff

Imprimez l'itinéraire ci-dessous pour découvrir d'autres lieux rappelant la légende de Sainte Haude et Saint Tanguy:

Cliquez sur ces deux images pour le télécharger

Recto


Verso


***

Documentation aimablement fournie par MM. Hervé Le Corre et Amaury du Chéné, présidents de l'Association pour la sauvegarde des chapelles de Landunvez. Merci pour leur aide à Mme Jacqueline Rolland du Cycle Musical de la Chapelle de Kersaint, et à l'héraldiste Michel Mauguin.

Sources :
- "La chapelle de Kersaint, Notre Dame du Vrai Secours".
- Abbé Ernest Appéré : "Notice sur Notre-Dame de Kersaint", Impr.Le Grand, Brest, 1936.

Des concerts sont organisés chaque année dans la chapelle lors de la saison estivale. Voir sur ce site la rubrique : Fêtes et animations .




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