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La chapelle Saint-Gonvel


   Sant Gonvel an theven Saint Gonvel des dunes
( Commune de Landunvez )

Ouverte seulement lors des animations




GPS : 48°31'41.5 N   4°45'32.2 W





Accès: Sortir de St-Renan par la D68 en direction d'Argenton et continuer tout droit, sur 7 km, jusqu'à la mer. Devant le port, tourner à droite vers Landunvez. A 800 m, prendre à gauche une petite route fléchée vers la chapelle St-Gonvel. Puis rester à droite et prendre à gauche la petite route nommée Hent Sant Gonvel. La chapelle apparaît sur la droite au centre d'un vaste enclos herbeux. Stationner près de l'entrée de l'enclos.



    Cette petite chapelle un peu éloignée de la route principale n'attire pas beaucoup de visiteurs. Il faut avouer aussi qu'elle est raremant ouverte au public. Ce peu d'intérêt est sans doute dû au fait qu'elle mérite d'importants travaux de restauration.
    Elle porte le nom de Saint Gonvel, un saint breton qui, comme bien d'autres, n'est pas reconnu par l'église. Aucun document n'atteste son existence. On peut penser cependant qu'il s'agit du même personnage que celui qui est encore vénéré sous le nom de Saint Gonval ou Conval à Hanvec, au sud de Brest. Une chapelle, aujourd'hui disparue, lui fut édifiée dans la forêt du Cranou. Cet ermite du Haut Moyen-Age aurait aussi vécu dans le bois du Gars à L'Hôpital-Camfrout. Au Pays d'Iroise, on retrouve son nom dans celui de Plougonvelin. S'il s'agit bien du même saint, on pourrait expliquer sa vénération à Landunvez en imaginant que, venant d'outre-Manche comme beaucoup d'autres moines, il aurait débarqué sur la côte voisine. Et il aurait choisi le dolmen qui porte aujourd'hui son nom comme lieu d'ermitage.

Une chapelle tronquée :

    D'un plan rectangulaire, la chapelle Saint Gonvel est dotée d'un mur-clocher aveugle. Au sommet, le vieux clocheton, resté vide pendant des dizaines d'années, a retrouvé sa cloche récemment restaurée.





A l'autre extrémité du bâtiment, on aperçoit la trace d'une grande arcade de style gothique dont l'intérieur a été muré.



Cette obturation n'est pas récente puisqu'elle abrite les restes médiévaux d'une autre ouverture, plus petite, aux arcatures trilobées murées elles aussi. La grande arcade n'est pas une ancienne fenêtre puisqu'elle va jusqu'au sol.



Elle était donc à l'origine soit l'ouverture principale de l'édifice, soit à l'intérieur du bâtiment un arc diaphragme qui permettait d'accéder à une partie de la chapelle qui aurait disparu.
La première hypothèse placerait l'autel à l'ouest, le long du mur-clocher. Elle est donc peu vraisemblable, l'autel étant toujours placé à l'est sauf cas de force majeure.
On en déduit que le bâtiment a été tronqué. Et l'architecture de la petite fenêtre ferait remonter ces travaux aux environs du XVIe siècle. La pose d'un retable est sans doute la raison pour laquelle cette ouverture a elle aussi été murée.


Lorsque, à l'intérieur du bâtiment, le retable actuel a été enlevé pour restauration,
l'ancien arc diaphragme est devenu bien visible
© Photo A. du Chéné



L'entrée de l'édifice est située sur la façade sud entre deux débris de stèles gauloises qui ont pu supporter des croix. Dans la même commune, plus loin au nord, près de la chapelle Saint-Samson, une stèle christianisée porte une inscription gravée : TP ST GONVEL 1757. Ces petits monuments de l'Âge du fer ont souvent été déménagés.

Au-dessus de la porte, dans une niche, une tête énigmatique attend le visiteur.


© Photo YL octobre 2018

Son état d'érosion indique qu'elle a longtemps été exposée aux intempéries. Elle pourrait donc provenir d'une statue mutilée dont on ignore l'emplacement.


La même sculpture après nettoyage
© Photo A. du Chéné juillet 2020




L'intérieur :

    Alors que la majeure partie de l'édifice est vide, un autel et un extraordinaire rétable du début du XIXe siècle en constituent le seul mobilier.



Cachant la totalité du mur du fond, le retable actuel est une œuvre remarquable, une gigantesque peinture en trompe-l'œil sur des boiseries pleines de couleurs qui créent une atmosphère agréable et enjouée. Tout en haut, au ras d'une voûte en berceau lambrissée et colorée d'un bleu vif, on distingue autour d'une croix centrale un rideau de théâtre relevé à l'italienne. Soutenu par deux pilastres colorés, il s'ouvre sur un large fronton de style classique.





  Le fronton surmonte une frise bucolique composée de guirlandes florales et d'oiseaux.



   Faux marbre, niches en trompe l'œil, on est plongé dans une reconstitution tout à fait à la mode au début du romantisme.



   Devant les niches peintes, trois statuettes reposaient sur un support que l'on aperçoit encore.



On sait qu'elles représentaient Saint Gonvel en moine, une Vierge à l'Enfant et un Christ montrant ses plaies à Saint Thomas. Ces statuettes ont été transférées à l'église du bourg et à la chapelle de Kersaint.









   L'autel en tombeau galbé est peint lui aussi.



La chapelle de Kersaint possède un maître-autel de facture identique et les mêmes décors floraux.

La chapelle de Kersaint


Et au plafond on découvre les visages angéliques de toute une famille autour de deux cœurs enamourés.


Un cœur percé d'une épée en guise de flèche :
on pourrait imaginer qu'une dame noble aurait doté la chapelle de ce bel ornement
et aurait fait peindre deux roses blanches sur son cœur meurtri.
Mais il n'en est rien, voir la note 1


  La chapelle porte ainsi les traces d'une évolution qui s'étend sur plusieurs siècles. On va voir qu'à l'extérieur on remonte encore plus loin dans le passé.



   Le calvaire monumental, en gradins, semblable à celui de la pointe Saint-Mathieu, remonte vraisemblablement au Moyen Age. Il trône au milieu de cet espace qui n'est autre que l'ancien cimetière entourant la chapelle. Cet édifice, sans doute tronqué au XVIe siècle, a donc vraisemblablement été précédé par un bâtiment beaucoup plus ancien encore.
Mais ce n'est pas tout : observons l'angle sud-est du bâtiment.



  Deux longues pierres sont disposées à la base de cet angle. Celle du dessous est en fait une stèle gauloise. Si l'on prend la peine de l'observer de près, on y distingue même des gravures.



La réutilisation d'une stèle païenne comme pierre angulaire d'une chapelle n'est pas du tout un hasard. Elle traduit la volonté de christianiser un lieu de culte ancestral. On lira plus de détails sur cette stèle dans la partie de ce site réservée aux vestiges archéologiques.

La stèle gravée de la chapelle St-Gonvel





  -1- Une internaute nous fait part d'une interprétation plus vraisemblable:

Il pourrait s'agir d'une représentation, très commune au 19e siècle ( si la peinture date bien de cette époque-là), du Sacré-Cœur de Jésus telle qu'elle illustre la fête du même nom instituée par l'Eglise en 1856. Cette fête, célébrée le 3e vendredi après la Pentecôte, en 2020 le 19 juin, a pour origine les apparitions au 17e siècle de Jésus à sainte Marguerite-Marie Alacoque, religieuse du couvent de la Visitation à Paray-Le-Monial. La dévotion au Sacré-Cœur était très vive au 19e siècle et a conduit à la construction de basiliques qui portent ce nom (Paris, Marseille...). Le Sacré-Cœur de Jésus est représenté surmonté d'une croix et entouré d'une couronne d'épines. Il est souvent représenté couplé au Cœur Immaculé de Marie qui est fêté par l'Eglise le samedi lendemain de la fête du Sacré-Cœur de Jésus. La couronne de roses est un des emblèmes de Marie ( d'où le Rosaire ) et on peut penser que le cœur percé est une illustration de l'évangile de Saint Luc « et toi-même un glaive te transpercera l'âme »
( Luc 2, 35 ).                                                      Elisabeth Bernard-Bordes


Merci à cette internaute et à M. Amaury du Chéné, Président de l'association Pour la sauvegarde des chapelles de Landunvez, pour son aide et ses prêts de documents.


Le pardon à la chapelle St-Gonvel en 1903

Yannick Loukianoff

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EN SAVOIR PLUS


Ne manquez pas de visiter le site de
l'Association pour la sauvegarde des chapelles de Landunvez Les horaires d'ouverture de ces édifices y sont indiqués.


Landunvez, Saint Gonvel, une chapelle tronquée   par Yves-Pascal CASTEL. Article paru dans Le Courrier du Léon et du Tréguier du 16 mars 1991.

  La légende de Saint Gonval   par Léontine DRAPIER-CADEC. Article paru dans Les cahiers de l'Iroise n°26 avril-juin 1960.

idée ! Appel aux internautes :

Le retable de cette chapelle n'est peut-être pas une œuvre unique. Il serait intéressant de savoir si des retables de la même facture existent. Le but serait éventuellement d'en connaître davantage sur leur datation ainsi que sur l'atelier qui les a conçus.
Si vous connaissez une église ou une chapelle dotée d'un retable comparable, n'hésitez donc pas à nous en faire part en utilisant le formulaire de contact ci-dessous. Ce site est participatif, vous en serez peut-être ainsi l'un des contributeurs ou l'une des contributrices. Merci d'avance.



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