L'église Saint Arzel et son enclos paroissial

( Commune de Plouarzel )





GPS du stationnement : 48°25'59 N   4°43'56.1 W




L'église de Plouarzel et l'entrée de son enclos

Accès: Stationner de préférence sur le grand parking de la mairie et rejoindre l'église à pied.

   Le nom de la commune ( plou = paroisse , arzel= St Arzel ) provient de celui d'un saint breton appelé aussi Saint Armel. Au début du VIe siècle, lors de l'émigration brittonique en Armorique, il aurait débarqué sur la rive sud de l'aber Ildut et fondé là un monastère. Poursuivant ensuite une vie errante afin d'évangéliser la population, il aurait sillonné la Bretagne et plusieurs localités portent aujourd'hui son nom. La légende retient qu'il aurait terrassé un dragon avec pour seules armes son étole et de l'eau bénite. L'église de Plouarzel lui est dédiée, comme en témoigne la statue qui domine l'entrée de l'édifice.

St Arzel et le dragon
Saint Arzel portant un rouleau de parchemin, tient en laisse avec son étole un dragon ailé aux crocs menaçants.
( Statue en kersantite 1 datée de 1689, provenant de l'ancienne église ).


  L'édifice actuel a remplacé en 1902 un ancien bâtiment de la fin du XVIIe siècle détruit par un incendie en 1898. Le feu avait été provoqué accidentellement par le bedeau et pendant quatre ans une église provisoire en bois avait permis la poursuite des offices.
Le clocher, d'une hauteur de 36 m, est accolé à l'extrémité occidentale d'un bâtiment en croix latine. Flanqué d'une tourelle qui abrite l'escalier menant à l'horloge et de là à la galerie puis à la chambre des cloches, il s'élève au-dessus du porche d'entrée.

La nef

   L'intérieur de l'église est vaste. La voûte repose sur des croisées d'ogives néo-gothiques soutenues par des colonnes de granit. Six travées d'une hauteur de 13 m avec bas-côtés précèdent un large transept de deux travées, un chœur de deux autres travées avec bas-côtés, et un chevet plat orné d'un grand vitrail dont le thème est la vie de Saint Arzel.

Le grand vitrail

Plan du vitrail

   On remarquera aussi le bas-relief représentant la Cène ornant le devant du maître-autel...

La Cène

   ...ainsi que les belles sculptures sur bois de la chaire à prêcher. Elles représentent les apôtres évangélistes: Saint Matthieu et son ange, Saint Marc et le lion, Saint Luc et le bœuf enfin Saint Jean accompagné d'un aigle.

La chaire

  Sur les murs figurent les 14 stations d'un chemin de croix acquis en 1902, qui ont été, depuis, sorties de leur cadre vétuste afin de les rendre plus modernes.




  Lors de l'incendie de 1898, très peu de mobilier a pu être sauvé des flammes. Les statues qui ornent la nef et le transept ne sont donc pas très anciennes.
   Toutefois le visiteur ne manquera pas de venir admirer dans le transept la magnifique Pietà qui constitue l'ornementation principale de l'église. Sculptée dans le bois, haute de 1,40 m, peinte et dorée, cette œuvre de la fin du XVIe siècle dont on ignore l'auteur a été restaurée en 1967.

La Pietà
La Vierge de la Pitié

  Taillée et sculptée dans un tronc de seulement 40 cm d'épaisseur, cette Vierge de la Pitié polychrome apparaît légèrement en déséquilibre : faute de place, le corps du Christ semble glisser des genoux de sa mère. Cependant les expressions des visages sont traduites de façon remarquable. Celui de la mère, tout empreint de douleur et de résignation laisse apparaître des larmes qu'elle tente d'essuyer. Celui de son fils, encore ceint de la couronne d'épines, les yeux clos, est figé dans la tranquillité de la mort. Le contraste est saisissant entre le calme de ces deux visages et la souffrance qu'expriment violemment la maigreur du corps, la plaie saignante et les pieds encore cloués du Christ.

Des larmes de sang

L'enclos paroissial

  A l'extérieur, on jettera un coup d'œil sur les 18 gargouilles, toutes différentes, qui ornent le monument et qui figuraient déjà sur l'ancienne église. On regrette évidemment qu'elles soient dénaturées par le voisinage peu esthétique d'éléments de gouttières en zinc. Les progrès techniques ne font pas toujours bon ménage avec le patrimoine. Représentant des oiseaux monstrueux, ces gargouilles qui rejetaient l'eau de pluie hors des murs étaient ainsi censées préserver l'édifice sacré des atteintes du Démon.

Un œil noir te regarde...

   Depuis des siècles l'église est située dans un enclos comprenant le cimetière, plusieurs croix, une statue et surtout un bâtiment remarquable qui abrite à la fois une chapelle et un ossuaire.

La chapette-ossuaire

   Restauré en 1994-1995, ce bâtiment est inscrit à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1928. Sa construction serait antérieure à 1607, date relevée sur une pierre qui bouchait l'une des ouvertures de l'édifice. Sa façade sud prolonge le long de la rue le mur de l'enclos. Ses deux parties sont séparées par un mur de refend qui supporte un clocheton formé d'un lanterneau carré et d'un dôme.

L'ossuaire
( non ouvert au public )

   On y conservait autrefois les ossements provenant des tombes destinées à être réemployées. C'est aujourd'hui un dépôt de matériel. Son accès se fait par la porte du pignon nord encadrée de deux fenêtres. Ces ouvertures sont surmontées d'arcs en plein cintre. Un bénitier est encastré dans le mur près de l'entrée. L'intérieur est éclairé par 4 baies jumelées encadrées de 5 pilastres reposant sur un appui en saillie qui comporte en son milieu un autre bénitier encastré. Autrefois, les baies n'étant pas vitrées, on pouvait de l'extérieur prier et asperger d'eau bénite les ossements des défunts.

La partie ossuaire du bâtiment

La chapelle Saint Yves
( demander la clé à l'Office de tourisme situé à 50 m, rue des Ecoles. Tel: 02 98 89 69 46 )

  Dédiée au patron des professions judiciaires, la chapelle voisine est éclairée par deux fenêtres rectangulaires latérales côté est et par une ouverture flamboyante avec un vitrail dans le pignon sud du bâtiment. Elle a pour accès une porte surmontée d'un arc en plein cintre. Au-dessus, on aperçoit l'emplacement d'un écusson qui a été martelé. De même, une bande blanche interrompue par les fenêtres se prolonge depuis la porte jusqu'au pignon. Ce bandeau constitue tout ce qui reste d'une litre, c'est-à-dire d'un ancien ornement funèbre comportant les armoiries des familles nobles. Il est probable que c'est lors de la Révolution que ces dégradations ont été effectuées.

La partie chapelle du bâtiment

  L'intérieur, très sobre, ne sert plus au culte. Derrière la porte un troisième bénitier est encastré dans le mur de refend.
Au fond, le vitrail du pignon sud illumine toute la pièce.

St Yves et St Arzel

  On reconnaît à gauche Saint Yves, le patron de la chapelle, tenant un parchemin évoquant sa fonction de juge ecclésiastique, et une bourse symbolisant l'argent qu'il distribuait aux pauvres. Le vitrail de droite représente Saint Arzel, le patron de toute la paroisse.

  D'autres statues sont fixées aux murs. De nouveau Saint Arzel ( écrit St Armel ), foulant aux pieds un dragon, St Laurent de Rome ( écrit St Lorans ) portant le gril de son martyr et enfin Saint Mamert ( écrit St Memor comme dans l'ancienne abbaye de Daoulas ) portant sa crosse d'évêque puis d'archevêque de Vienne.

St Arzel et le dragon
St Laurent


St Mamert

Le calvaire et la stèle

  Sortant de la chapelle St-Yves, on se retrouve dans le cimetière où trône un calvaire de la fin du XVIe siècle. Il est haut de 6 m et est constitué de deux roches différentes : le granit de l'Aber Ildut pour toute la partie inférieure et la kersantite pour toutes les parties sculptées. Les statues du chapiteau sont, à l'ouest celle de Saint Arzel tenant toujours en laisse un dragon et à l'est celle de Saint Laurent tenant son gril.
Sur la face ouest du croisillon on reconnaît la Vierge et Saint Jean.
La croix porte un crucifix à l'ouest et un Christ aux outrages à l'est.
Le chapiteau porte aussi deux écus, l'un "fascé d'or et de gueules" des Du Chastel, seigneurs de Trémazan et de la plus grande partie du Léon, l'autre des Kerlec'h, seigneurs de Lanhalla. L'inscription "MISSION 1880" y a été gravée à l'occasion d'une mission dans la paroisse.
Il faut signaler qu'en 1973, une tempête ayant jeté à terre la croix et les personnages sculptés, le travail de restauration fut confié à Joseph Arzur, employé communal de 63 ans, qui n'avait d'autre qualification que sa réputation d'homme patient et consciencieux. Il a laborieusement assemblé et cimenté les dizaines de morceaux récupérés et son travail invisible défie toujours le temps depuis cette date.

Le calvaire

  Enfin, de l'autre côté de l'église, tout au fond du nouveau cimetière une autre croix mérite un coup d'œil. C'est en effet un petit monument constitué de deux parties :
- Un fut en granit, taillé en stèle à l'âge du fer, c'est-à-dire bien avant le christianisme vers 400 à 500 avant J.C.
- Une croix redentée datant probablement du XIVe siècle. Pour davantage de détails sur cette stèle gauloise christianisée voir notre page sur la stèle du cimetière.

La stèle christianisée

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-1- Unique dans le monde, la kersantite est une roche bretonne magmatique proche du granit. Elle doit son nom au hameau de Kersanton dans la commune de Loperhet où elle a été exploitée. Cette pierre très dure, de couleur gris verdâtre, gris bleuté à presque noire selon les carrières est très prisée par les sculpteurs pour sa finesse et sa longévité face aux intempéries.

EN SAVOIR PLUS


A Plouarzel, l'association culturelle "Tre Arzh" fait paraître régulièrement la revue "Plouarzel Tud ha Bro" concernant le patrimoine de la commune. Ces brochures sont disponibles à la médiathèque ainsi que par courrier auprès de l'association. Le n°23 est consacré à l'enclos paroissial et à l'église.

Le n°23 de la revue

On trouvera aussi sur le site internet de Wiki-Brest une étude très complète concernant l'église de Plouarzel réalisée par Pierre ARZUR.

Merci à Jean-Claude Jézékel, Président de l'association Tre Arzh pour son aide et pour le prêt de documents.

Yannick Loukianoff


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