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Le Maquis de Kergoff

( Commune de Tréouergat )




GPS du stationnement :
48°29'47.2 N 4°35'49.4 W





Cette stèle commémorative qui borde la route joignant Guipronvel à Tréouergat n'attire pas spécialement le regard. Elle est pourtant l'un des rares témoignages des violents combats qui se sont déroulés en 1944 dans la région, au moment de la Libération. Car c'est tout près de là, dans les bois et les champs de Kergoff, que s'est constitué l'un des plus importants maquis du Finistère, rassemblant pas moins de 1200 combattants.

Accès : A partir de St-Renan, prendre la direction de Ploudalméseau. 2 km après avoir traversé Lanrivoaré, prendre à droite une petite route jusqu'au bourg de Tréouergat. Contourner l'église et prendre la direction de Guipronvel. Située à la jonction d'une petite route la stèle se trouve à 500 m sur le côté droit.
Si l'on suit la petite route, on aboutit, 2 km plus loin, à l'ancienne ferme de Kergoff aujourd'hui complètement rénovée.

GPS : 48°21'7.8 N 4°46'38.1 W



Un formidable maquis

Le port militaire de Brest, les rives du Goulet et tout le littoral de la mer d'Iroise étaient densément fortifiés par les Allemands pendant l'Occupation. Après le débarquement du 6 juin 1944, toute cette zone a constitué un objectif important pour les troupes américaines. Mais elles avaient besoin d'aide et ont fait appel aux réseaux de Résistants locaux.
Sous la direction du notaire de Ploudalmézeau Henri Provostic, dit "Benoît", et du gendarme Joseph Grannec, dit "Joseph 351", un bataillon de maquisards s'était constitué, grossissant sans cesse à la suite de l'appel à l'insurrection générale du 3 août. Il réunissait des volontaires originaires de toute la région et était en liaison avec les troupes américaines..


Un Résistant recueille des renseignements pour les transmettre par radio aux Alliés.
Reconstitution présentée au Musée "Mémoires-39-45" de Plougonvelin.


Au total, pendant l'été 1944, on a compté 1074 hommes et femmes regroupés à la ferme de Kergoff et aux alentours immédiats, en pleine nature, abrités par les bois épais et éloignés du littoral ainsi que des routes importantes. Une compagnie de soldats russes des Osttruppen1, désertant l'armée allemande qui les avait enrôlés de force, s'est jointe au bataillon le 8 août, portant ainsi l'effectif total des combattants à plus de 1200. Ils apportaient avec eux leurs armes individuelles et leurs munitions, ainsi qu'une dizaine de mortiers et trois canons de 37 mm.

Dans son ouvrage "1940-1944, La Résistance dans le canton de Saint-Renan" ( ( photo de couverture ci-dessous ), son auteur Jo Gentil décrit ainsi le maquis de Tréouergat lorsqu'au matin du 17 août 1944 les Résistants de son groupe originaire de Plouzané le rejoignent :

Le spectacle à Kergoff les surprend. En effet, un millier d'hommes sont rassemblés dans la cour et les bâtiments de la ferme.
Des véhicules de tous types, marqués des trois couleurs et de l'enseigne FFI
2 avec la croix de Lorraine sont garés dans le champ voisin. Les Résistants, revêtus d'uniformes disparates ou d'un bleu de travail, portent tous le brassard FFI réglementaire. Ils s'affairent, vérifiant leurs armes ou préparant le café du matin.
Plus près, dans un coin de la cour, deux Résistants, mitraillette au poing, surveillent un groupe de femmes tondues, coupables d'avoir "collaboré" avec les Allemands. Non loin de là, dans un grand pré ombragé, une compagnie de Russes d'Ukraine, ralliés aux FFI grâce à l'action de Madame Douillard, épouse d'un Amiral en retraite à Argenton, elle-même d'origine russe, fait boire ses chevaux dans le ruisseau en contrebas."


Plusieurs tonnes d'armes avaient déjà été parachutées aux maquisards de Kergoff le 2 août par les Américains. Se joignant aux autres unités FFI du Finistère, et aux côtés de la 29e division d'infanterie américaine ainsi que du 2e bataillon de Rangers, ces combattants de l'ombre participèrent à tous les combats du mur de l'Atlantique, depuis l'Aber Benoît jusqu'à Brest, où il fallait déloger les milliers d'occupants des fortifications allemandes. L'ennemi était, de plus, renforcé par l'arrivée à Brest le 12 août de la 2e division parachutiste du général allemand Ramcke qui avait combattu en Libye dans l'Afrika Korps du maréchal Rommel et qui prit en charge le commandement de toute la garnison. Ses troupes aguerries, sur l'ordre d'Hitler, défendirent Brest avec acharnement pendant 40 jours jusqu'à la capitulation finale le 18 septembre.
Le courage, l'enthousiasme et l'abnégation des maquisards n'étaient pas sans risques et plusieurs d'entre eux, que la stèle honore, ont perdu la vie au combat ou furent déportés. Gabriel Bizien par exemple, agent FFI du réseau "Quand Même" sur Ploudalmézeau, fut arrêté le 6 août, torturé atrocement et mourut en déportation, les yeux crevés par les nazis.

Les inscriptions de la stèle



Certaines inscriptions de la stèle sont devenues à peine lisibles. Voici leur lecture :



Plus tard, une dalle horizontale, gravée elle aussi, a été déposée. Sa lecture est plus facile : "A nos camarades tués au combat ou morts en déportation. FFI Ploudalmézeau, FFI St-Renan, in memoriam"
Suivent les noms de :
G. BIZIEN, mort pour la France le 6 août 1944, Charles JOURDE déporté le 9 juillet 1943, et l'inscription 1944 - 1994 indiquant que la dalle a été déposée lors du cinquantenaire de la Libération.



La commémoration

Qu'en est-il, aujourd'hui, du souvenir de ces combats ?
Au fur et à mesure que le temps passe, il faut bien constater que la mémoire s'estompe.
Le souvenir fut évidemment très vivace dans les années qui ont suivi la Libération. La population était reconnaissante aux Résistants qui s'étaient joints, nombreux, aux Américains pour participer aux combats du littoral et au siège de Brest. Ceux qui avaient chassé l'occupant se souvenaient de ces jours exceptionnels ainsi que de leurs compagnons d'armes disparus.

Mais le temps a passé, les anciens Résistants et tous ceux qui ont connu les affres de l'Occupation sont devenus de moins en moins nombreux. Les générations suivantes ne pouvaient pas entretenir un souvenir aussi vif. Les commémorations des combats de cette période sont actuellement le devoir de mémoire des associations d'Anciens Combattants dont les membres les plus âgés étaient encore enfants à cette époque. Lors des cérémonies, sous les calots et les casquettes, les cheveux blancs dominent...


La commémoration du 30 juillet 2017 à Tréouergat





  Que le souvenir s'estompe, même si l'on peut le regretter, constitue une évolution naturelle. C'est la marque du temps et du basculement progressif d'un passé dans l'Histoire. Les faits n'appartiennent plus aux souvenirs de chacun, mais au savoir, à la connaissance et à l'érudition. Chercheurs et historiens se sont attachés et s'attacheront encore à faire connaître ces moments exceptionnels grâce à de nouvelles publications. Mais ils auront besoin d'archives. Ce sont maintenant ces documents, quels qu'ils soient, qui constituent notre patrimoine à préserver.
Les bois de Kergoff et la stèle du maquis de Tréouergat, avec toutes ses émouvantes inscriptions, en font aujourd'hui partie.



-1- Les "Osttruppen", ou troupes de l'Est, étaient des supplétifs de la Wehrmacht qui avaient combattu les Allemands sur le front russe. Faits prisonniers, ils n'avaient obtenu la vie sauve qu'à la condition de servir l'Allemagne sur un autre front. Cantonnés à Saint-Pabu, les 164 hommes du capitaine Vladimir Razoumovitch ont rejoint les Résistants de Tréouergat grâce aux tractations entreprises par Nathalie Douillard, née Ouvarov (1911-2000), une aristocrate russe réfugiée à Argenton depuis la Révolution soviétique.
Après la Libération, et conformément aux accords de Yalta, les Russes des Osttruppen furent regroupés à Rennes puis livrés à Staline par les Américains. On ignore ce qu'ils sont devenus, et si un tri a été fait entre ceux qui avaient servi l'ennemi jusqu'à la fin et ceux qui s'étaient ralliés à la Résistance. Mais il est vraisemblable que, tous ayant trahi leur patrie, ils furent soit exécutés, soit déportés dans les goulags.


-2- FFI : Forces Françaises de l'Intérieur.


Merci à Jos Saliou, Président du Musée du Ponant de St-Renan pour son prêt de documents.

Yannick Loukianoff


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EN SAVOIR PLUS




par Jacques ANDRE, impr. Le Grand, Brest 2003, 360p



par Jo Gentil 2013
Ed. Delpresse, 1994, 118p




par Jacques ANDRE et Jean-François CONQ
Ed. Le Télégramme, 2002, 192p



par Hervé FARRANT. 2013
Ed. Label LN, 2012, 112p





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