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Le "Patron Aristide Lucas"

( Commune de Plouarzel )






   Eh oui, le "Patron Aristide Lucas" est un grand canot de sauvetage. Un bateau mythique qui fut pendant 34 ans basé au Conquet et qui trône aujourd'hui à Plouarzel devant l'entrée du CROSS Corsen, le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage dont il est devenu tout naturellement l'emblème.
Le Pays d'Iroise borde en effet l'un des secteurs maritimes les plus dangereux de la planète : des courants puissants, des vents violents engendrant de fréquentes tempêtes, des écueils nombreux et, pour compliquer tout cela, la circulation de navires la plus importante du monde.
Dans ces conditions extrêmes, les opérations de sauvetage ont toujours revêtu pour la population un caractère prioritaire et les ports du littoral ont dû s'y adapter et s'équiper d'un matériel toujours plus performant.




Accès: Sortir du bourg de Plouarzel par la route du Conquet et au rond-point prendre la direction de Trézien dont on aperçoit le phare sur la droite, 3,4 km plus loin. Après avoir dépassé le phare, prendre la 2e route à gauche. Tout au bout, tourner à droite, puis encore à droite. Stationner près du bateau.

Un canot de sauvetage emblématique





 Les détails donnés sur ce panneau placé devant le bateau ne sont qu'un tout petit résumé de ses caractéristiques ainsi que de ses nombreuses sorties en mer qui ont fait sa réputation. L'historien du Conquet Jean-Pierre CLOCHON a consacré sur son blog une page concernant ce bateau. Abondamment illustrée et très détaillée, cette page écrite par l'un des anciens canotiers du navire mérite votre visite.



  Le bateau était ultra-moderne à l'époque. Ses parties essentielles comme l'étrave et la quille sont en chêne. Les membrures en acacia ployé. Le pont en teck de Birmanie. La coque est formée de solides lattes en acajou Bassam de Côte d'Ivoire croisées formant trois plis superposés et rivetés de cuivre tous les 4 ou 5 cm.





Le navire en construction dans les chantiers Lemaistre Frères à Fécamp



Derrière la coque, 112 caissons de cuivre assuraient une réserve d'air de 11670 litres répartis dans six compartiments étanches. De plus, un lest de 2,5 tonnes en fonte, boulonné à la quille, rendait le bateau auto-redressable.
Durant ses longues années de service actif, il a subi plusieurs modifications : sa cabine fut agrandie à deux reprises et sa peinture évolua.


L'arrivée au Conquet, le 1er mai 1964, du nouveau canot de sautetage
accompagné de tous les bateaux de pêche.


Posé sur un grand chariot arrimé à un treuil puissant, il sortait de son abri et dévalait la cale sur des rails pour plonger le nez dans l'océan. Une énorme gerbe d'écume arrosait alors le navire et les deux moteurs arrachaient l'embarcation à la quiétude du port tandis que le chariot attendait son retour sur la cale.




© Maquette réalisée par Josse et Martial Lucas

Malgré son âge respectable, après 34 années de service, le "Patron Aristide Lucas" montre qu'il est toujours soigneusement entretenu. Une convention prévoit en effet que ce travail indispensable est confié aux descendants d'Aristide Lucas, la commune de Plouarzel fournissant peinture et matériel, tandis que le CROSS Corsen apporte son soutien logistique. Une rue du Conquet porte aussi le nom d'Aristide Lucas.




Mais qui était donc Aristide Lucas ?

 Nous sommes allés rendre visite aux descendants actuels de cette figure locale conquétoise qui a tant laissé son souvenir dans la mémoire collective. Ce sont eux, Jean-Pierre, Thierry, Martial et Josse LUCAS, les arrière-petits enfants et arrière-petits-neveux du grand Aristide, qui assurent l'entretien du bateau.


Moustache en bataille, l'air décidé, voici Aristide LUCAS vers 1935 © Photo coll. familiale

 Aristide Lucas était né à l'île de Sein en 1888. Il faisait partie de la troisième génération des pêcheurs d'origine paimpolaise qui étaient venus s'établir dans le Léon.
Patron pêcheur au Conquet à bord de son sloop, le Général Joffre, il s'est illustré le 25 mars 1922 en repérant, le premier, au petit jour, l'épave du vapeur anglais City of Francfort qui, dans le mauvais temps, s'était échoué en pleine nuit sur la Chaussée des Pierres Noires, au large de la pointe St-Mathieu. C'était un cargo de 522 tonneaux allant livrer à Brest 12 000 tonnes de charbon. La mer était encore très mauvaise et le petit voilier eut un mal fou à accoster le navire embroché dans les récifs. La manœuvre lui occasionna même une voie d'eau. Malgré les risques, Aristide Lucas et ses deux matelots sauvèrent le capitaine, l'aide-mécanicien ainsi qu'un bébé de six mois. Ils les déposèrent au Conquet peu après 8 h alors que la canonnière Vaillante et le remorqueur Haleur de la Marine nationale intervenaient tout juste pour récupérer les 11 autres occupants du cargo. On ne retrouva jamais la femme du capitaine, le mécanicien et l'un des hommes d'équipage qui avaient quitté le cargo dans une baleinière.
Son action courageuse valut au pêcheur l'admiration de tous et il reçut l'année suivante deux médailles, l'une française, l'autre britannique, des mains de l'amiral Guépratte.
Il faisait déjà partie de l'équipage du "Lieutenant Pierre Geruzez", le canot de sauvetage du Conquet. Il remplaça peu après le patron Pierre Le Goaster à la tête de la station de sauvetage de la SCSN1.
Patron à son tour, Aristide Lucas participa avec son équipage de pêcheurs bénévoles à une très grande quantité de sauvetages, au moins 350, et obtint, entre autres, la légion d'honneur.

 On raconte encore au Conquet qu'un jour d'avril 1937, comme il se préparait à aller à l'église marier sa fille, engoncé dans des habits de noce tout neufs, il dut plaquer là invités et cérémonie pour sortir de son abri le "Nalie Léon Drouin", le grand canot de sauvetage qu'il commandait à cette époque, et, malgré la pluie battante, foncer dans la bourrasque vers l'anse des Blancs Sablons où le "Notre-Dame de la Vallée", un voilier de pêche devenu ingouvernable, était à deux doigts de se fracasser contre les roches.


Illustration d'Yvonne Pagniez, "Pêcheurs des côtes de France",
Ed.Spes,1953


 L'équipage du canot ramena au port, indemnes mais exténués les trois pêcheurs avec en bonus, malgré la tempête, leur voilier intact en remorque.
Et une heure plus tard, c'est une future mariée toute fière dans sa belle robe de mousseline blanche qui pénétrait dans l'église au bras de son père, vêtu, lui, de ses vêtements de tous les jours... mais secs.

  Cette grande figure du Conquet mourut d'une pneumonie en 1940, à l'âge de 52 ans. Il avait pris froid après avoir accompli le même jour trois sauvetages successifs. Une foule énorme lui rendit alors hommage.


Vingt-quatre ans plus tard, la station de sauvetage décida de baptiser du nom de "Patron Aristide Lucas" son tout nouveau canot auto-redressable et insubmersible qui ne fut mis à la retraite devant le CROSS Corsen qu'en 1998.
Un tel bateau, si bien conservé et doté d'un nom chargé de tant de souvenirs, emblématique de surcroît des stations du Conquet, de Molène, de Lanildut et de Portsall, n'est-il pas un bel élément de notre patrimoine maritime ?




-1- SCSN : Société Centrale de Sauvetage des Naufragés. C'est toujours le nom inscrit sur l'ancien abri du canot de sauvetage du Conquet. Cette association créée en 1865 fusionna en 1967 avec la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons ( HSB ) fondée en 1873. La nouvelle association prit le nom SNSM, Société Nationale de Sauvetage en Mer. La SNSM est aujourd'hui basée dans 218 stations réparties sur tout le littoral métropolitain et d'outre-mer comme par exemple au Conquet, à Lanildut, à Portsall et à l'île Molène. Elle intervient sur la demande des CROSS, dont le CROSS Corsen est l'un des plus importants puisqu'il gère tout le trafic international du rail d'Ouessant.

Yannick Loukianoff



Merci à la famille Lucas pour la fourniture de documents et au CROSS Corsen pour son appui dans la réalisation de cette page.

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EN SAVOIR PLUS



Ed.Spes 1953, broché, 172p

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