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La précieuse eau de Molène







    Molène est une petite île de 0,75 km2. Un rocher situé à 15 km du continent, sans réseau hydrographique permanent, et où, malgré tout, depuis toujours, l'homme n'a pas hésité à s'installer. Cette petite île comptait 151 habitants en 2014, soit une densité de 201 h/km2. A titre de comparaison, la densité moyenne de la population du Finistère est de 134 h/km2.
Découvrir un territoire, c'est aussi le comprendre. Le touriste qui chemine dans l'île dans le but de découvrir la côte sauvage tout en profitant d'une bonne bolée d'air marin pourra donc rechercher les solutions toujours développées par les Molénais pour s'approvisionner en eau potable. Plus ou moins visibles, elles apparaissent au travers d'installations rappelant qu'à Molène, de tout temps, l'eau potable a constitué un précieux patrimoine. Partons donc à la recherche de cette eau à travers les âges.

-1- Le puits Saint-Ronan

    Il s'agit d'un élément majeur du patrimoine molénais. Pour le trouver, il faut longer le port vers l'ouest jusqu'à la fresque murale de l'abri du canot de sauvetage. Aussitôt après, obliquer à droite. Le puits Saint-Ronan se trouve à une vingtaine de mètres.



    La légende dit qu'ayant débarqué à Molène vers l'an 520 et constaté l'absence d'eau douce sur l'île, Saint Ronan aurait avec son bâton fait jaillir de l'eau à cet emplacement. Cependant il n'y a là ni source, ni fontaine, mais un majestueux puits public.



    Le promeneur pourra mesurer l'importance de cet élément collectif, unique pour toute l'île, en observant combien ce puits historique est préservé. Maçonné et soigneusement entretenu, trônant à l'abri d'un véritable mur d'enceinte, il est protégé de la venue des animaux par une pierre posée sur chant qui barre son accès. Le puits Saint-Ronan, à l'image de la fresque murale voisine, a longtemps subvenu aux besoins de la population qui était bien obligée de consommer son eau quelque peu saumâtre en période de sécheresse les jours de grande marée.



-2- La citerne des Anglais

    Après le naufrage du paquebot anglais Drummond Castle1 en 1896, la reine Victoria remercia la population de l'île pour son dévouement en lui offrant, entre autres, un équipement collectif destiné à subvenir à ses besoins en eau potable.






    Sur le modèle des équipements de la Rome antique, il s'agit d'une vaste citerne d'une capacité de 250 m3, enterrée devant l'église. Elle est alimentée par l'impluvium que constituent les 300 m2 de sa surface dallée auxquels on a ajouté les 400 m2 des toitures de l'église et du dispensaire voisins. Un mur protège cette installation et son accès, surveillé, est rigoureusement interdit au public afin d'éviter toute pollution des eaux.

-3- Les citernes individuelles

    Si l'alimentation collective en eau reste visible, l'alimentation individuelle revêt des formes qui peuvent intriguer les visiteurs. Quel que soit leur parcours dans les rues de Molène, ils constatent qu'une quantité de maisons sont équipées d'installations individuelles de toutes tailles, manifestement destinées à récupérer l'eau de pluie dans des citernes.



    Des gouttières approvisionnent d'imposants réservoirs cimentés parfois aussi hauts que les habitations.



    Le plus souvent ces réservoirs sont enterrés, mais leur présence est trahie par les gouttières d'alimentation..



    De rares citernes restent ouvertes à l'air libre. Oiseaux et insectes convoitent aussi cette ressource en eau douce accessible. On dit que certains habitants introduisaient une anguille dans leur citerne ouverte afin de combattre de manière écologique les larves de moustiques. L'histoire ne dit pas si l'anguille était consommée après avoir fait son office ou si elle était relâchée dans la citerne du voisin.

    On compte ainsi 226 installations individuelles dans l'île. C'est dire leur importance. Avec une capacité moyenne de 14 m3, c'est au total un volume de 3164 m3 d'eau de pluie qui peut être emmagasiné de cette façon. En principe, à elles seules, ces installations couvrent tout juste les besoins des habitants. Mais toutes les citernes n'ont pas les mêmes capacités ni toutes les familles les mêmes besoins. Et surtout le régime des pluies n'est aucunement garanti et le tourisme se développe beaucoup depuis plusieurs décennies. Les solutions individuelles ne suffisant plus, il fut nécessaire d'imaginer des équipements supplémentaires.

-4- L'impluvium moderne



    Face à l'augmentation des besoins en eau dû surtout au développement du tourisme estival, on décida en 1977 de doter l'île d'un nouvel impluvium, beaucoup plus vaste que celui des Anglais. L'installation, de 4000 m2, est donc implantée dans la lande, en dehors du bourg.



    Un tel équipement, doté de trois citernes enterrées, a une capacité de 1500 m3. Bien entendu, et le visiteur le comprendra aisément, pour des raisons de sécurité son accès est surveillé lui aussi et rigoureusement interdit au public. On se gardera donc d'y pénétrer.

    Toutes ces installations, individuelles et collectives, dépendant étroitement de la pluviosité naturelle, sont soumises aux aléas climatiques. Il est arrivé plusieurs fois en été que la totalité des volumes d'eau recueillis soit insuffisante. Appelé au secours des Molénais, le Département dépannait alors la commune en lui dépêchant un bateau-citerne de la Marine nationale transportant 200 m3 d'eau potable. Mais cela avait un coût important et le dépannage devint payant à partir de 1989.

-5- L'eau des forages

    Face à cette nouvelle situation, la municipalité de l'île décida de faire pratiquer des forages en cinq points de l'île afin, éventuellement, de dénicher de l'eau en sous-sol. On pratiqua des sondages dans la roche fracturée jusqu'à 90 m de profondeur.
Banco ! Il y a bien de l'eau douce sous les pieds des Molénais.
Mais si chaque forage s'est révélé positif, seuls trois d'entre eux ont un débit exploitable. L'un d'eux produit même 40 m3 à l'heure. Les forages constituent donc enfin la solution tant attendue pour résoudre le problème n°1 des Molénais.

    Parlons maintenant qualité. Comme dans toutes les communes, les eaux distribuées, et gérées à Molène par la SLP "Eau du Ponant", sont traitées et soumises à des analyses. Les eaux souterraines révèlent une teneur acceptable en chlorures ainsi qu'en nitrates. Mais il arrive parfois, en été, qu'elles montrent des traces de bactéries indésirables dont on suspecte l'origine dans l'infiltration d'eaux usées domestiques, non encore traitées sur l'île, vers les captages. Le traitement en place permet heureusement d'y remédier.
    Cependant, à terme, la préservation de la ressource en une eau si rare imposera sans doute un indispensable système d'assainissement collectif. Périodiquement étudié, ce projet reste jusqu'à présent hors de prix au vu des solutions proposées. L'histoire de l'eau sur l'île n'est donc pas achevée...

    Terminons par un peu de prospective en tentant d’imaginer le futur en matière d’eau douce pour l’île ... Nous sommes en 2030, par une belle journée d’été. Le soir tombe et des touristes s’attardent sur leur terrasse alors que leurs enfants prennent une douche dans une salle d’eau bien équipée. Depuis 10 ans, des hydroliennes, disposées aux points les plus brassés autour de l’île alimentent Molène en énergie électrique "verte ". Les recours à l’ultrafiltration pour l’assainissement et à l’osmose inverse de l’eau de mer sont devenus possibles. Ces techniques ont bien évolué car elles ne nécessitent plus maintenant que quelques Watts/m3, permettant un usage presque « normal » de l’eau, à un prix raisonnable...

    Mais cessons de rêver, nous n’y sommes pas encore. L’eau reste rare et chère de nos jours ! Alors pensez à épargner cette ressource lors de votre prochaine visite à Molène.

Patrick Frénel et Yannick Loukianoff


-1- Visitez sur l'île le Musée du Drummond Castle. Voir sur ce site la page qui y est consacrée.

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EN SAVOIR PLUS

Voir l'étude d'Anaïs DEMARTY "Alimentation en eau potable et Assainissements sur les îles du Ponant" publiée conjointement par l'Association des îles du Ponant et l'Agence de l'eau Loire-Bretagne en 2010.

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