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Le viaduc du train patates

( Kersaint, commune de Landunvez )





GPS du stationnement : 48°32'53 N  4°42'06 W





Accès : Sur la D68, allant de St-Renan à Argenton, dépasser le rond-point de Plourin et, toujours sur la même route, 3 km plus loin, tourner à droite vers Landunvez. Traverser ce bourg et continuer vers Kersaint. A 2 km, dès les premières maisons de Kersaint, prendre à droite la rue du Viaduc. Traverser le viaduc et stationner plus loin à gauche.


  Ce beau viaduc traversé par une route étroite a été édifié de 1911 à 1913 pour faire franchir cette profonde vallée à une ligne de chemin de fer joignant Brest à Porspoder.




  La grande ligne de chemin de fer Rennes-Brest arriva dans la capitale du Ponant en 1865. C'était pour Brest et toute sa région un désenclavement extraordinaire qui permettait de joindre l'extrémité de la Bretagne à Paris. Mais cela ne suffisait pas. La campagne, bien plus peuplée qu'aujourd'hui, voulait aussi son train.

    La construction d'une ligne Brest-St-Renan-Portsall fut décidée par le Département. L'acquisition des terrains et les travaux étaient à la charge de la collectivité. Son exploitation fut confiée aux Chemins de Fer du Finistère ( CFDF ). Les deux premiers tronçons, Brest-St-Renan puis St-Renan-Ploudalmézeau furent achevés en 1893. Leur prolongation entre Ploudalmézeau et Portsall le fut en 1899. Le dernier tronçon Portsall-Porspoder fut inauguré le 13 mai 1913. Il a d'abord été confié aux Chemins de Fer Armoricains (CFA ), puis revint plus tard à la CFDF.



        Après Brest et le passage du viaduc métallique de Lambézellec, au niveau du moulin du Rufa, un embranchement permettait de joindre Plabennec, Landéda, Brignogan et St-Pol-de-Léon. Le viaduc de Kersaint se trouve entre Portsall et Landunvez.

    Depuis la fin du XIXe siècle, en effet, toutes les communes voulaient être desservies par le train qui, seul, pensait-on, pouvait les désenclaver. Le transport des marchandises par la route, en effet, ne pouvait s'effectuer qu'à l'aide de charrettes à cheval au tonnage limité. De plus l'état de ces voies de communication ( des routes de terre empierrées ) laissait souvent à désirer : boue, ornières, fondrières et rétrécissements gênaient le trafic. Bien qu'il soit à voie métrique unique, ce chemin de fer était synonyme de progrès : à la vitesse moyenne de 20 km/h au début, le « cheval noir » était plus rapide, plus régulier, plus sûr et pouvait emporter davantage de marchandises et de passagers.
      Un doublement de la voie dans chaque gare permettait aux convois de se croiser.
    Comme partout, l'arrivée du train fut un énorme succès. Il changea la vie des habitants en leur permettant d'élargir considérablement leur rayon d'action. Les agriculteurs pouvaient desservir tous les marchés environnants et le train fut surnommé le train patates, par comparaison avec celui de Morlaix qui était surnommé le train carottes. Il répondait aussi, bien sûr, aux doux noms de tacot ou de tortillard.



    Derrière la locomotive, le convoi était constitué en fonction des besoins du moment de 4 à 10 wagons de passagers selon les jours et selon les saisons. Un fourgon à bagages et un autre pour les marchandises ou les animaux. Dans les côtes, lorsqu'il était trop chargé, le train était si lent qu'il n'était pas rare que les passagers soient invités à descendre pour le pousser. Quand les rails étaient très mouillés et encombrés de feuilles mortes les roues pouvaient aussi patiner.
    Il n'y avait aucun passage à niveau. Le bruit de la locomotive et son sifflet suffisaient pour rappeler que la priorité lui appartenait. Il y eut d'ailleurs très peu d'accidents.


  Un jour, à Porspoder, alors qu'un convoi était au repos, une troupe de jeunes passablement émêchés s'avisa de détacher le dernier wagon. Alors que cinq ou six garçons y prenaient place, les autres les poussèrent et, la pente aidant, voilà le wagon roulant vers Kersaint. Mais ceux qui les avaient poussés restaient sur le quai ! Ils détachèrent alors un autre wagon et le poussant, courant à ses côtés et sautant dedans, ils prirent la même direction.
Lorsque le premier wagon parvint à une côte, il ralentit progressivement, s'arrêta et... repartit en arrière. Comme la seconde voiture arrivait à son tour, toutes deux se télescopèrent brutalement. Par bonheur personne ne fut blessé, mais l'accident fut relaté partout et les jeunes n'en menèrent pas large. L'histoire ne dit pas qui paya les réparations.



Le viaduc :


  La construction de la ligne à partir de Brest nécessita l'édification de plusieurs ouvrages d'art. Un viaduc fut construit à Lambézellec, un autre à Kersaint.
Celui-ci comporte 5 arches et culmine à 12 m au-dessus de la rivière de Kersaint. Il est réalisé en granite local. Après la guerre de 1914-1918, le développement du transport par autocars et l'essor de l'automobile concurrencèrent tellement le chemin de fer qu'il fallut fermer la ligne en 1935. Dans sa section Portsall-Porspoder, le train patates, déficitaire, n'avait donc servi que 22 ans. Pendant l'Occupation, les Allemands le remirent en service pour leur usage exclusif. Après la Seconde Guerre mondiale les rails furent enlevés et une route étroite remplaça la voie ferrée.


  Aujourd'hui, cette petite route, plus ou moins conservée, fait le bonheur des randonneurs, qu'ils soient cyclistes ou marcheurs. Une façon de découvrir la campagne autrement, tout en ayant une pensée pour la fameuse odyssée du train patates.

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EN SAVOIR PLUS


Plusieurs études, à tirage confidentiel, ont été publiées sur les petits trains d'intérêt local. Vous ne les trouverez pas en librairie, mais vous les dénicherez sans doute dans les bibliothèques, les Centres de Documentation des établissements scolaires, les médiathèques ou chez les bouquinistes.



"Chemins de fer régionaux et urbains"
Nos  175 et 176, 1983
« Les voies ferrées départementales du Finistère »









"De l'Aber-Benoît à l'Aber-Ildut"
Images du passé. Ed.Cloître 1990





"Guide Historique du Canton de Ploudalmézeau"
ULAMIR décembre 1993




Alain de Dieuleveult :"Finistère en petits trains"
« Le siècle des petits trains »
Ed. Cénomane / La Vie du Rail 2007


On trouvera aussi dans l'ouvrage ci-dessous de vivants témoignages de personnes ayant connu le petit train. Lire les pages intitulées :
 "Les mémoires de Job LE BORGNE, Porspoder et son petit train"


"Terre d'embruns, les aînés racontent"
« Cheminements-Gens d'ici »
Les aînés ruraux, novembre 2006


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Documentation aimablement fournie par M. Jos Saliou,
Président du Musée du Ponant à St-Renan.


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