La Maison Cardinal


Ville de Saint-Renan


Monument historique depuis le 3 juin 1932
Propriété privée



GPS : 48°25'58.3 N  4°37'23.6 W








Accès : Stationner dans le centre de Saint-Renan sur la place du Général Leclerc et descendre à pied la rue St-Yves jusqu'à la place du Vieux Marché. La maison Cardinal se trouve au fond, sur le côté droit de cette place.


    Il ne s'agit pas de la maison d'un cardinal. Comme pour la maison Gérard voisine, la demeure tire son nom de celui de son propriétaire au moment de son inscription comme Monument historique.
Cette maison en pans de bois1 est la plus belle de tout le Pays d'Iroise. D'emblée, elle attire le regard à la fois par son originalité et par son architecture médiévale.
Originale, elle l'est sans conteste avec son toit débordant largement au-dessus de son deuxième étage, telle la visière d'une casquette. Ce n'est qu'à Morlaix que l'on retrouve ce type de couverture.
Médiévale, son joli pignon2 à colombages et ses étages en encorbellement la situent immanquablement à cette époque aux yeux du promeneur. Pourtant sa construction remonte à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, donc après la fin du Moyen Âge comme la maison Gérard qui elle, par son aspect, appartient bien à la Renaissance.
Le constructeur a sans doute voulu que l'architecture de sa maison neuve s'inscrive pleinement parmi les maisons médiévales qui cernaient la place à l'époque, et soit même la plus belle d'entre elles. On ignore son nom. Tout au plus, sait-on qu'un certain Georges Charlès, sieur de Kerincuff, était propriétaire de la demeure, comme de beaucoup d'autres dans la ville, en 1625. Vendue par ses héritiers en 1688 à un chirurgien du nom de Sébastien Deville, la maison Cardinal a été entretenue jusqu'à nos jours par ses propriétaires successifs et fut l'image de Saint-Renan sur de nombreuses cartes postales.


La maison Cardinal en 1905. Photo coll. Musée du Ponant



En 1914. A cette époque, les halles occupaient encore
une grande partie de la place. Photos coll. Musée du Ponant





Il faut imaginer qu'au Moyen Age les clients ne pénétraient pas dans la boutique. Des volets horizontaux se rabattant vers l'extérieur formaient à la fois le comptoir, l'étalage et les séparaient du vendeur. On remarquera que les parties débordantes des étages ainsi que la casquette de la toiture reposent sur des poutres en saillie et sur des jambes de force qui ont dû subir une restauration d'abord en 1989, puis en 2011. Quant à la casquette, c'est en fait un toit pointu, comme celui d'une tour, qu'amortit un épi de faîtage en grès. Devant les fenêtres du second étage, les jambes de force supportent son débordement au-dessus de la place.



Dans la charpente, l'une des fermes semble dater du XVIIe. Certaines poutres, très incurvées dès l'origine, montrent aussi leur ancienneté.3



Des sculptures trop peu connues

    Il faut s'approcher au ras de la vitrine et lever les yeux pour découvrir le véritable trésor que cache la façade de cette maison peu ordinaire.









    La surprise est totale : Une magnifique frise sculptée en bois polychrome attend les clients de la crêperie. Sur ses quatre parties, sept visages grimaçants alternent avec un os, des éléments végétaux et un dragon menaçant. On ignore totalement si ces visages sont le fruit de l'imagination de l'artiste ou bien s'il a caricaturé des personnages de la ville bien connus à son époque. Certains sont encapuchonnés. On se croit en plein Moyen Âge et ce décor imprévu évoque les sablières polychromes ouvragées des églises et des chapelles bretonnes.

La comparaison avec des éléments religieux n'est pas anodine : cette frise représente vraisemblablement les sept péchés capitaux.

Rappelons-nous d'abord quels sont ces péchés déclarés par le pape Grégoire-le-Grand au VIe siècle puis définitivement fixés par l'Eglise au XIIIe et faisons un petit jeu :

Reconnaîtrez-vous sur ces visages caricaturés l'orgueil, l'avarice, l'envie, la colère, la luxure, la paresse et la gourmandise ?

Des propositions figurent au bas de cette page. Mais elles peuvent ne pas être toutes exactes...

D'autres maisons remarquables sont visibles à St-Renan. L'Office Municipal de Tourisme organise des visites commentées de la ville tous les jeudis en juillet et août. Départ à 9h45. N'hésitez pas à vous renseigner. Tel : 02 98 84 23 78

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-1- Maisons en pans de bois : voir la page de Wikipédia correspondante.

  -2- Comme il était d'usage au Moyen Age, et comme on le voit encore sur les maisons voisines, c'est en effet le pignon de la demeure qui donne sur la rue. Il faudra attendre 1667 pour qu'une ordonnance royale destinée à limiter la propagation des incendies n'oblige les architectes des constructions nouvelles à diriger les pignons vers les voisins. "Avoir pignon sur rue" devint alors synonyme de privilège donc d'opulence. Ainsi, en quelques siècles, nos maisons de ville ont pivoté d'un quart de tour.

  -3- D'après M. Daniel Leloup ( voir les ouvrages ci-dessous ), la couverture du pignon en forme de casquette est postérieure d'au moins un siècle à la construction de la maison. Il s'agit d'une mode éphémère spécifique au Léon, ce qui en fait d'ailleurs tout l'intérêt.


Merci à M. Jos Saliou et à l'association "Musée du Ponant" qu'il préside, pour leur aide et leur prêt de documents, ainsi qu'à M. Daniel Leloup qui a bien voulu vérifier le contenu de cette page. Merci aussi à Mme Barnabé, pour nous avoir ouvert les portes de sa belle crêperie et autorisé à prendre des photos de la charpente.

Yannick Loukianoff

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EN SAVOIR PLUS


Sur le patrimoine de St-Renan : visitez le Musée du Ponant en haut de cette place et son site internet.

Découvrez aussi les ouvrages des Renanais Jean Lescop et Mme Le Bihan :



Et ceux de Daniel Leloup, architecte et docteur en histoire de l'art, Université de Rennes 2 :


Daniel LELOUP :
"Maisons à colombages de France"
Ed. Le Chasse-Marée, 2007



Daniel LELOUP :
"Maisons en pan-de-bois de Bretagne.
Histoire d’un type d’architecture urbaine"
Douarnenez - Rennes, ArMen / Le Chasse-Marée
Éd. Ouest-France, 2002



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Des propositions pour notre petit jeu d'identifications :


 L'orgueil       L'avarice         L'envie         La colère

       
   La luxure          La paresse    La gourmandise